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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/641

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préparer son avenir marocain, à la condition toutefois de faire sa part d’abord à l’intérêt anglais (neutralisation de la côte méditerranéenne), ensuite à l’intérêt espagnol (négociation d’un traité qui tint compte des droits résultant pour l’Espagne de sa situation géographique).

Le traité franco-anglais signé et publié, la négociation franco-espagnole qu’il prévoyait commença. Dans cette négociation, la France invoquait des titres positifs, les contacts quotidiens de l’Algérie et du Maroc sur leur frontière commune ; l’Espagne invoquait surtout des titres moraux et des droits historiques : car entre ses présides et l’Empire chérifien, nulle pénétration mutuelle ne créait une solidarité d’intérêts. Le débat, qui dura des mois, fut donc difficile, malgré la médiation anglaise, attentive k concilier les exigences contradictoires. Il aboutit le 3 octobre 1904 à un traité singulier dans sa forme et dans son fond, qui voulait tout prévoir, qui n’a pas tout prévu, et qui cependant, par la force des choses, est devenu la base du régime ultérieur.

Ce traité se composait de deux parties, l’une publique, l’autre secrète. La première envisageait le maintien de l’état de choses existant. La seconde, outre le maintien de cet état de choses, en visait la modification. La première comportait l’adhésion de l’Espagne au traité franco-anglais du 8 avril précédent, — savoir reconnaissance de l’intérêt spécial de la France et de l’Espagne, de l’intégrité de l’Empire marocain, de son indépendance et de la souveraineté du Sultan. La seconde considérait des hypothèses successives : celle d’abord où, les choses restant en l’état, la France et l’Espagne pourraient, à des conditions compliquées de dates et de formes, exercer une action privilégiée chacune dans sa zone ; celle ensuite, où, la souveraineté du Sultan venant à disparaître, la France et l’Espagne deviendraient, par un partage réel, maîtresses des deux zones précitées. La zone espagnole comprenait au Nord tout le territoire compris au-dessus d’une ligne tirée de la Moulouia à Larache, au Sud une longue étendue de côtes et un important hinterland dans la région d’Ifni.

Ce traité grevait la politique française d’une lourde contradiction. Car, tandis que nous affirmions par nos déclarations-publiques notre attachement à l’intégrité marocaine, nous prenions secrètement, vis-à-vis de l’Espagne, des engagemens en