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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/640

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parfois orageuses. On en a publié le résultat dans le Correspondant, il y a plusieurs années, et dans divers journaux l’hiver dernier : textes reconstitués de bonne foi, mais apocryphes, où le détail était faux, l’ensemble exact. M. Delcassé avait accepté en principe que l’Espagne obtint comme zone d’influence l’ancien royaume de Fez, la France l’ancien royaume de Marrakech : l’Atlantique seul avait été notre but.

Pourquoi cet accord ne vit-il jamais le jour, fût-ce celui clair-obscur de la ratification secrète ? Des scrupules identiques, nés de la même origine, l’expliquent des deux parts. M. Silvela, devant l’importance d’un traité qui modifiait l’équilibre de la Méditerranée occidentale, recula le premier, inquiet de l’impression qu’un tel accord produirait en Angleterre. M. Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, fit à la même époque, ou peu s’en faut, des observations analogues. L’Espagne cherchait des garanties. La France, à peine remise de ses crises intérieures, ne lui en offrait pas assez, si elle était seule à les fournir. Dès ce moment, au sein de la négociation confidentielle, s’éveillait l’instinct, si largement justifié depuis, du danger qu’il y a, en notre temps de concurrence mondiale, à régler seul à seul l’avenir des terres vierges. Une sorte de réflexe arrêta les mains prêtes à signer. Ici et là, on recula : rien n’était fait.

Rien n’était fait, mais tout allait se refaire, sous la direction ferme et positive du chef d’Etat le plus complet que l’Europe ait connu depuis vingt ans. La France et l’Espagne avaient hésité devant l’aventure d’une entente que déterminaient des fins particulières et qui ignorait le reste du monde. Edouard VII comprit que la politique générale seule peut résoudre certains problèmes particuliers et la volonté de liquider la vieille querelle franco-anglaise l’amena à considérer la question marocaine. Il la considéra dans son ensemble : secondaire pour l’Angleterre, hormis la neutralité des côtes en face de Gibraltar, passionnante pour la France et pour l’Espagne déjà en contact l’une et l’autre avec l’Empire chérifien, susceptible d’une solution avantageuse pour le commerce anglais, sans péril pour la politique britannique, dès lors que ne serait pas menacé l’accès de la Méditerranée. De cette pensée sortit le traité franco-anglais du 8 avril 1904, aux termes duquel la France, moyennant l’abandon de son ancienne politique égyptienne, était autorisée à