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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/628

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même du récit, ne dépasse pas l’intérêt d’une aventure à la « Froufou, » prend un accent tout personnel dans un passage singulier d’une trentaine de vers. Verlaine a placé là, dans la bouche de son cynique et malfaisant héros, une apologie de l’ivresse. Cette apologie qu’il faut prendre à rebours, car c’est le diable déguisé qui la prononce, est une confession, je dirais presque, une amende honorable. A ce moment, qui est celui de la conversion aux doctrines du Christ, des pénitences consenties, de l’enthousiasme religieux, le prisonnier juge son propre vice et il le hait : il ne voit plus, dans les « mystères » tout imaginaires de ce « rêve » absurde, épuisant, qu’il attendait des excès de boisson, que le piège de l’Ennemi, que la « Puissance des ténèbres. »

C’est à partir d’ici que le manuscrit Cellulairement mérite le mieux son titre. Et en effet, dès octobre 1873, le condamné de Bruxelles, afin d’abréger de six mois sa détention de deux années, opta pour le régime cellulaire et, pour être soumis à ce régime infiniment plus rigoureux, fut transféré au « château » de Mons. Il y resta claquemuré jusqu’au 16 janvier 1875, jour de sa mise en liberté.

La première impression fut celle d’un affreux accablement. Rien n’en démontre mieux l’effet que de se rappeler les notations peu joyeuses, mais sans horreur, de la pièce : « Dame souris trotte, » et de passer, sans transition, au sinistre retour sur soi qui porte pour devise : « Totus in maligno-positus » et qui a pour titre ce mot Réversibilité, pris aux lointaines Fleurs du Mal de Baudelaire. La notion du monde extérieur subsiste à peine : de lugubres « sifflets » qui vont et viennent, de vagues « angélus » ouïs du « fond d’un trou » et, entre de « grands murs blancs » des essaims de « rêves épouvantés, » des redites sans fin de sanglots « fous ou dolens. » Plus encore que l’espace, si resserré, le temps s’est racorni, et, dans une durée incertaine où se confondent le présent, le passé, l’avenir,

Tu meurs doucereusement,
Obscurément,
Sans qu’on veille, ô cœur aimant,
Sans testament !
Ah ! dans ces deuils sans rachats
Les Encors sont les Déjàs.