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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/626

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Chantez, pleurez ! Chassez la mémoire Et chassez l’âme, et jusqu’aux ténèbres Magnétisez mes pauvres vertèbres ! </poem>

Et c’est aussi dans Jadis et Naguère qu’était bien forcé de se réfugier le Sonnet boiteux servant à compléter ces éphémérides d’antan. Il exprimait, avec des traits brûlans d’eau-forte, les plus noirs souvenirs de détresse en pays anglais :

Tout l’affreux passé saute, miaule, piaule et glapit
Dans le brouillard rose et jaune et sale des sohos
Avec des indeeds et des allrights et des haôs.

Tout en remuant cette vase du passé, Verlaine renouvelle, à sa façon, le gémissement si profond de l’autre prisonnier, du premier en date et du plus immortel de toute cette lignée de poètes mauvais garçons : « A peu que le cœur ne me fend ! »

Ah ! vraiment, c’est trop la mort du naïf animal
Qui voit tout son sang couler de son regard fané.

Et, dans un sursaut de colère contre le sort, il maudit cette « ville de la Bible » où « le gaz flamboie, » où les « enseignes » sont rouges, où les maisons, dans leur formidable « ratatinement »

Épouvantent comme un tas noir de petites vieilles.

Puisse le « feu du ciel » l’anéantir ! Il n’y a plus, ici, même un soupçon d’esprit chrétien.

Mais déjà, en octobre, le pouvoir de la claustration a refréné les impulsions morbides de ce cerveau et régularisé le rythme fou de son activité. Loin de se mortifier et de s’appesantir dans un nouveau mode de vie, d’où est exclu cet élément perturbateur et ruineux des forces de l’esprit, l’ivresse, l’imagination créatrice prend une acuité d’expression qu’elle n’avait pas jusqu’ici, — au moins à ce haut point, — manifestée. Les images du passé réel se disposent et s’associent dans un branle prestigieux, comme les fragmens de verre de couleur du « kaléidoscope, » et il en sort cet étonnant tableau :

Dans une rue, au cœur d’une ville de rêve…

Les associations d’idées qui dérivent du travail intérieur ne