Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/611

Cette page n’a pas encore été corrigée


… Imaginez un jardin de Lenotre
Correct, ridicule et charmant,

Verlaine ait eu besoin d’en prendre dans Gautier les élémens : l’intermédiaire offert par Glatigny a pu suffire. Ce qui n’est pas douteux, ce qu’il importera de démontrer, c’est que, pour composer son second ouvrage, Fêtes galantes, livré à l’impression trois ans plus tard, Verlaine s’est résolument débarrassé de la plupart de ses admirations, mais qu’il n’en est que plus inféodé à ces deux maîtres : Théophile Gautier et Shakspeare. Leur influence souveraine épure et subtilise, à un incroyable degré, son talent d’ouvrier en vers, déjà si varié, si net, si fin, si assoupli, si fertile en métamorphoses.


II

Les Fêtes galantes ne contiennent que vingt-deux pièces, et tout ce lot ne donne, en somme, qu’un peu plus de quatre cents vers. S’il était prouvé que Verlaine ait jamais lu les Travaux et les Jours, on pourrait croire qu’il a retenu d’Hésiode le dicton si judicieux des laboureurs béotiens : « La moitié, est parfois plus grande que le tout, » c’est-à-dire, vaut davantage. Mais pour être très pénétré de cette vérité paradoxale et méconnue des poètes français depuis le jour où l’on rompit avec la tradition classique, Verlaine n’aurait eu qu’à soupeser son petit livre favori, les Émaux et Camées. Sous sa première forme, avant les additions qui l’ont plutôt étendu qu’enrichi, ce chef-d’œuvre de facture de Théophile Gautier était, lui-même, un de ces ouvrages légers et drus, où chaque mot semble indispensable, où chaque image a pris et gardera son caractère essentiel. La morale des stoïciens a pu tenir dans le Manuel d’Epictète et toutes les bibliothèques des philosophes, au jugement du plus grand orateur romain, ne valaient pas le répertoire minuscule, mais sacré, des lois des douze tables : vingt volumes de lyrisme épais, amplifié, diffluent, « expansif, » peuvent être moins pleins que le fasciculet de romances d’un vrai poète.

Verlaine doit bien autre chose au « vieux Sachem » Théophile Gautier qu’une leçon de goût. Il suffit, pour s’en assurer, de relire les Variations sur le Carnaval de Venise. Une moitié de