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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/602

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Calderon, de Lope de Vega, et le Ramayana, le Baghavad-Djita, le Mahabarata, d’autres encore. Il a pour peu d’argent déniché, — il ne dit pas où, — les ouvrages de Gongora « texte espagnol, édition du temps : » il y étudie le cultisme. Ce que l’on a mis en français des éminens romanciers d’outre-Manche, Thackerav et Dickens, ne lui échappe pas : il goûte encore plus le Rouge et le Noir de Stendhal, la Chartreuse de Parme. Il ressusciterait les « petits maîtres » de 1830, et se complaît chez les plus démodés : il ne voit pas le mot pour rire dans les truculences de Pétrus Borel ; il fait venir d’Angers, dans l’édition qu’a imprimée Victor Pavie, le livre rare d’Aloysius Bertrand, ce Gaspard de la Nuit, particulièrement goûté par Sainte-Beuve. Il serait, si la mode en était déjà revenue, « romantique, » et « fatal » comme Barbey d’Aurevilly, dont il ruminait au collège l’Ensorcelée, dont il admirera, plus tard, jusqu’à s’être essayé à les continuer en vers, les Diaboliques. Hugolâtre, cela va sans dire, — tout le monde l’était parmi les bons rimeurs « de ce soixante-sept à ce soixante-dix, » — il sait par cœur la Fête chez Thérèse et ce sont les seuls vers français (au dire de son condisciple Lepelletier) que sa mémoire, étonnamment fidèle toutefois, ait pu ou voulu retenir. Sur le même échelon que les meilleurs recueils du « Père Hugo, » il placerait pourtant un tout petit in-32, lu et relu, les Emaux et Camées, et si quelqu’un a égalé, — je ne dirai pas dépassé, — l’admirable travail de ce millier de vers forgés par le plus richement doué de nos ouvriers d’art, Théophile Gautier, c’est l’auteur des Fêtes galantes.

Pour aussi libertin, dans les deux sens du mot, que l’aient laissé les années de collège, et quoiqu’il nous paraisse, avant tout, s’attacher à continuer routinièrement la tradition de tant de bons garçons, qui, parvenus au tournant assez dangereux de la vingtième année, eurent pour principal souci de mener la vie de Bohème et de rééditer ces fredaines de quartier Latin, magnifiées ou romancées par le très populaire, très banal, mais non pas très inoffensif Henri Mürger, Verlaine n’est-il pas déjà, — ne fût-ce qu’un moment et dans l’intervalle de deux excès, — tenté de ne pas réprimer on ne sait quelle aspiration vers un autre idéal ? Avec la même avidité qu’il a pu mettre à dévorer les contes de Crébillon fils, et toute cette littérature érotique du règne de Louis XV, répudiée avec une sorte d’horreur par