Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/547

Cette page n’a pas encore été corrigée


compté fièrement sur cette opinion publique, que les méchans cherchent en vain d’arrêter ou de créer, mais que, malgré leurs efforts, la justice et la vérité entraînent après elles. »


VI

Rien ne peut exprimer la sensation extraordinaire produite par cet ouvrage et l’enthousiasme prodigieux qu’il déchaîna dans toutes les classes de la nation. Le jour de la publication, l’étroite rue du Buttoir, qui était la demeure de l’éditeur Panckoucke [1], fut envahie par une multitude de curieux, se disputant les exemplaires fraîchement sortis des presses. Avant le soir, il s’en vendit 6 000. Le succès se ralentit peu dans les journées suivantes. On estime le tirage total à 100 000 exemplaires, chiffre jusqu’alors inconnu [2]. Panckoucke, dit-on, fit du coup une petite fortune. Après avoir fait les délices des hommes d’Etat, des banquiers et des gens du monde, la « prodigieuse » brochure se répandit dans les masses populaires. Elle circula dans les faubourgs des villes, dans les cabarets des villages. On la lut à la fois dans les plus élégans boudoirs et dans les plus humbles chaumières. L’admiration fut égale dans tous les milieux. « Les citoyens vrais patriotes, constate le Journal de Hardy, regardaient cet ouvrage comme très propre à déconcerter les faiseurs de libelles et les frondeurs de profession. » Les chiffres de Necker, presque universellement acceptés comme exacts, ranimaient les cœurs abattus, faisaient envisager l’avenir avec plus d’assurance. Même impression et même succès à l’étranger qu’en France. Le volume, aussitôt paru, était traduit dans toutes les langues. Le duc de Richmond, pour sa part, en achetait 6 000 exemplaires, qu’il répandait sur le territoire britannique [3].

  1. Ancien hôtel de Thon, dans le quartier Saint-André des Arts.
  2. On fit circuler les vers suivans, mis dans la bouche des ouvriers de l’imprimerie de Panckoucke :

    Pour Dion, Monsieur, cessez d’écrire !
    Nous payons trop cher vos honneurs.
    A la foule de nos lecteurs
    Notre zèle ne peut suffire.
    Si vous n’avez pitié de notre triste sort,
    Votre immortalité nous donnera la mort !
    (Correspondance de Grimm.)

  3. Journal de Hardy. — Correspondance publiée par Lescure. — Journal du duc de Croy. — Lettres de Kageneck.