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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/543

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somme modique, l’état des finances du royaume, le fonctionnement, le rendement des impôts, l’usage que l’on comptait en faire, dévoiler en même temps les erremens du passé, les prévisions pour le lendemain, une pareille confession, faite avec l’autorisation royale, pouvait passer, selon les idées de chacun, pour un chef-d’œuvre de loyale franchise, ou pour un affreux sacrilège, dans tous les cas, pour un acte extraordinaire. C’est pourtant ce qu’osa Necker, en publiant, le 19 février 1781, son Compte rendu au Roi, volume de 116 pages in-4°, vendu chez le libraire Panckoucke, pour le prix d’un écu, au profit, disaient les gazettes, « des œuvres de Madame Necker. »

Le directeur général des finances, en risquant ce coup audacieux, était guidé par des mobiles divers, dont on connaît les uns et dont on peut conjecturer les autres. Le but avoué était d’éclairer la nation sur ses propres ressources, de lui montrer que, malgré l’apparence, elle se trouvait dans une situation prospère, puisque, pour l’exercice en cours, le budget se soldait par un excédent important, de relever par ce moyen la confiance des prêteurs, d’asseoir enfin sur la publicité, pour le présent et pour l’avenir, le crédit de l’Etat. « Je ne sais pas, déclarait nettement l’auteur, si une semblable institution, devenue permanente, ne serait pas la source des plus grands avantages. L’obligation de mettre au grand jour toute son administration influerait sur les premiers pas que fait un ministre des Finances dans la carrière qu’il doit parcourir. Les ténèbres de l’obscurité favorisent la nonchalance ; la publicité, au contraire, ne peut devenir un honneur qu’autant qu’on a senti toute l’importance de ses devoirs et qu’on s’est efforcé de les remplir… Enfin, et c’est une considération digne du plus sérieux examen, une telle institution pourrait avoir la plus grande influence sur la confiance publique, car cette conduite simple et franche multiplierait les moyens du souverain et le défendrait à jamais de toute espèce d’injustice. »

Par une arrière-pensée aisément transparente, Necker se flattait également d’intimider, de décourager l’Angleterre, en lui prouvant, chi tires en main, que les finances françaises étaient sensiblement plus solides que les siennes, que nous pouvions, sans nous obérer dangereusement, poursuivre encore longtemps la guerre. Il pensait travailler ainsi au rétablissement de la