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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/482

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le gouvernement monténégrin avant d’avoir pris Scutari ? Quant au gouvernement serbe, nous avons vu qu’il avait envoyé des troupes s’emparer de Durazzo. Les opérations militaires n’étaient pas, elles ne sont pas encore terminées. Aussi les uns et les autres ont-ils témoigné à qui mieux mieux, par des interviews de leurs ministres, qu’ils voulaient s’entendre directement avec la Porte et qu’ils n’accepteraient le concours d’aucun intermédiaire. A Sofia, à Belgrade, les mêmes déclarations ont été faites avec une égale fermeté. Toute discussion est ici inutile, et au surplus l’opinion la plus générale est qu’une entente directe entre les pays balkaniques et la Turquie, si elle n’apporte pas la solution définitive, car l’Europe parlera à son tour, est peut-être la meilleure manière de la préparer. Le moment de l’Europe viendra, il n’est pas encore venu. Ce qui importe, en attendant, c’est que les puissances, bien que partagées en deux camps ou plutôt en deux groupes, ne perdent pas le contact entre elles et ne cessent pas de causer. Le partage dont nous parlons a l’avantage de rendre la solidité des alliances plus facile à maintenir, et nous avons dit, il y a quinze jours, que ce résultat était le plus précieux de tous : il n’empêche d’ailleurs pas l’échange de vues de continuer, ce qui est indispensable pour calmer les susceptibilités des uns, atténuer les prétentions des autres et substituer, dans la pensée de tous, la préoccupation des intérêts réels à celle des intérêts plus ou moins artificiels que l’imagination exagère et déforme et que la réflexion, la conversation, un sincère désir de concorde, enfin le sentiment des lourdes responsabilités à encourir ramènent à leurs proportions véritables.

A ce point de vue, il n’y a pas de lecture plus satisfaisante que celle du discours que M. Asquith vient de prononcer au banquet du lord-maire. Ce discours est la sagesse même. M. Asquith croit, lui aussi, qu’il ne faut pas se priver de l’action apaisante du temps. Il reconnaît hautement que les alliés balkaniques ont acquis des droits que tout le monde doit respecter et respectera. « Ces États, dit-il, ont décidé que le seul remède efficace de la situation était le recours à la force. Eux seuls étaient préparés à en faire usage ; ils se sont fait eux-mêmes justice, les choses ne peuvent continuer d’être comme elles avaient été… Il appartient aux hommes d’État de tous les pays d’accepter et d’organiser le fait accompli. La carte de l’Europe orientale doit être refondue. Je crois, a-t-il continué, que sur un point, l’opinion générale de l’Europe est unanime : les vainqueurs ne doivent pas être privés des fruits d’une victoire qui leur a coûté si cher. Dans ce pays, nous ne sommes pas intéressés directement à la forme exacte que revêti-