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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/481

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à l’armée bulgare, à la bataille de Lule-Bourgas, une résistance qui ne pouvait plus relever le prestige de ses armes, mais qui en a relevé l’honneur. Il semble même que, sur quelques points, l’avantage ait appartenu un moment aux Turcs. Aussi, bien que leur défaite finale ne fit plus de doute, on se demandait si elle était tout à fait réalisée. En un mot, l’avenir immédiat apparaissait encore incertain lorsque la Porte a adressé au gouvernement de la République une demande d’intervention en vue d’un armistice. On a compris alors que tout était fini.

S’il y a un homme en Europe qui se soit honoré en montrant un sincère, un clair et actif désir d’abord du maintien, puis du rétablissement de la paix, c’est assurément M. Poincaré. La loyauté de ses intentions lui a valu la confiance universelle et nous ne sommes pas surpris que la Porte se soit tout d’abord adressée à lui pour mettre un terme à l’effusion du sang ; mais la forme même qu’elle avait donnée à sa demande paralysait les meilleures volontés. Il s’agissait en effet d’une intervention et non pas d’une médiation, c’est-à-dire d’une obligation imposée à l’un des belligérans de s’arrêter au milieu de ses victoires et de se plier à un armistice sans conditions. Incontestablement les Bulgares n’y auraient pas consenti, et alors comment aurions-nous pu rendre l’intervention effective sans prendre parti contre eux, ce qui eût été de notre part, une violation de la neutralité ? Notre ambassadeur à Constantinople l’a fait remarquer au ministre ottoman des Affaires étrangères avant que M. Poincaré fait fait sentir à l’ambassadeur de Turquie à Paris. La Porte alors a présenté une demande de médiation, recevable dans la forme cette fois, mais qui ne semble pas destinée à un grand succès. Les puissances auraient certainement consenti à prêter leurs bons offices aux deux belligérans pour demander à l’un quelles conditions il mettrait à la paix et pour faire connaître, ou même pour recommander éventuellement ces conditions à l’autre, si tous les deux y avaient consenti, car leur mutuel consentement était nécessaire, et il devait être donné en pleine liberté. Nous ne savons pas si des démarches ont été déjà faites dans ce sens auprès des gouvernemens balkaniques : peut-être ont-elles été découragées d’avance par la certitude où on était qu’elles n’aboutiraient pas. Le gouvernement grec aurait-il donné son consentement à la veille de couronner sa brillante campagne par la prise de Salonique ? Le fait est accompli maintenant : il ne l’était pas encore au moment de la demande ottomane. Le gouvernement bulgare donnerait-il le sien avant que son armée soit entrée à Constantinople ?