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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/439

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Convient-il donc d’ajourner les résolutions jusqu’à ce que de nouveaux progrès permettent l’organisation d’un service tout à fait régulier ? Nous ne le pensons pas. Attendre des résultats d’expériences donnant pleine satisfaction pour se servir de forces déjà utilisables, c’est se placer d’avance sur le pied d’infériorité vis-à-vis des compétiteurs plus actifs. Une règle sure, en matière de défense nationale, est de posséder à l’état permanent le meilleur matériel possible mis en œuvre le mieux possible ; autrement dit, accompagner le progrès constaté, et non le suivre à distance. Il en coûte plus cher. Mais qui veut s’assurer contre de grands risques doit payer de fortes primes.

Il n’y a d’ailleurs aucune imprudence à escompter de prochains perfectionnemens de l’aéroplane. Un lieutenant de vaisseau aviateur, M. C. Dutertre, signalait en septembre dernier la construction des deux avions marins, à deux places, l’un devant donner 140 kilomètres à l’heure avec un rayon d’action de 1 000 kilomètres, l’autre, île vitesse un peu moindre, capable de faire 1 200 kilomètres. Si ces appareils ne réalisent pas ce qu’on attend d’eux, il reste moralement certain qu’avant peu de temps ces résultats seront obtenus ou bien près de l’être, et probablement ensuite dépassés.

Dès aujourd’hui, avec les appareils qu’un concours bien organisé et bien doté, entre les constructeurs, donnerait à la marine, la surveillance de nos côtes et de leurs approches, quoique irrégulière au début, serait efficace dans les circonstances météorologiques ordinaires. Elle constituerait donc un progrès énorme sur l’état de choses actuel, où cette surveillance est pratiquement nulle.

L’Angleterre, toujours vigilante en ce qui concerne sa défense navale, nous a devancés dans cette voie. Elle a entrepris la création d’une station d’aéroplanes éclaireurs sur un promontoire à l’entrée du Firth of Forth, destinés à surveiller l’estuaire qui commande l’entrée de la mer du Nord. L’Amirauté étudie l’établissement de stations analogues réparties sur la côte Est, jusqu’à l’embouchure de la Tamise. Des commandes d’appareils ont été faites en France pour l’armement de ces stations, et les officiers chargés de ces négociations ont insisté pour que les livraisons aient lieu à bref délai.