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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/438

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croit assuré d’en augmenter la puissance. La défense côtière pourrait donc être avisée presque immédiatement de tous les mouvemens de navires au large.

Ainsi, la création d’un service de surveillance du littoral au moyen d’aéroplanes donnerait à la défense le temps nécessaire pour prendre ses dispositions en vue d’une attaque imminente et concentrer ses ressources aux endroits menacés. Elle serait, dans la plupart des cas, une garantie contre toute surprise, permettrait de ménager les forces du personnel de nos fronts de mer, et maintiendrait dans l’esprit des populations riveraines le sang-froid nécessaire dans les circonstances critiques.

Le même service, renforcé et organisé en vue de son objet spécial, répondra à la nécessité de faire connaître à l’avance aux flottilles chargées de fermer un détroit, d’empêcher l’ennemi d’établir un blocus ou de menacer nos arsenaux, tout ce qu’elles ont besoin de savoir pour combiner leur plan d’attaque et se porter à sa rencontre. De l’embouchure de la Tamise à celle de l’Escaut, rien n’échappera à la vigilance des aviateurs de la station de Dunkerque ; Brest et Saint-Malo éclaireront l’entrée occidentale de la Manche ; Cherbourg, centre de commandement et de ravitaillement, toute la partie médiane. Antibes et Ajaccio surveilleront le bras de mer qui sépare la Corse de la France et les abords des bouches de Bonifacio ; Bizerte, le passage entre la Tunisie et la Sardaigne. On aura donc la certitude, ou presque, car à la guerre, rien n’est certain d’avance, de savoir en temps utile où est l’ennemi, où il va, et de quelles forces il dispose.


Nous ne méconnaissons pas les difficultés que rencontrera le fonctionnement d’un pareil organisme. Il faut que l’aéroplane, ayant perdu de vue les côtes, soit à même de se diriger, sinon avec autant de précision qu’un navire, tout au moins sans commettre de trop grandes erreurs de route. Or, enveloppé dans les courans aériens, il ne suit que rarement la direction indiquée par la boussole, et ne connaît que sa vitesse relative. Il faut aussi qu’il arrive a pratiquer la navigation de nuit ; sinon, la surveillance devra être complétée par l’emploi fort coûteux du dirigeable, lequel doit être réservé aux reconnaissances à très grande portée, c’est-à-dire au-delà de 300 kilomètres. Ce sont de sérieux obstacles, et peut-être ne seront-ils entièrement vaincus que dans plusieurs années.