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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/429

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Dès aujourd’hui, la traversée ou seulement l’approche du Pas de Calais serait impraticable à une escadre menacée par une flottille, bien commandée et entraînée, de cinquante destroyers et submersibles de tonnage moyen. L’embuscade des sous-marins pendant le jour, la chasse des torpilleurs rapides pendant la nuit, exposent à de terribles dangers, sauf en haute mer, ces armées navales dont chaque unité porte près d’un millier d’hommes et coûte 60 millions.

Mais on n’aventure pas des objets aussi précieux sans escorte ni protection. Des éclaireurs les précèdent, des divisions de contre-torpilleurs forment un rideau qui couvre leur marche. Les vigies signalent tout ce qui semble suspect. Après le coucher du soleil, les projecteurs électriques fouillent l’horizon. L’agresseur apparaît alors nettement, à bonne portée de l’artillerie légère, avant d’être lui-même à distance d’attaque. Le sous-marin en plongée, invisible, même invulnérable, peut défier cette surveillance ; mais à travers son périscope, qui dépasse à peine le niveau de la mer, il ne voit ni très bien ni très loin. Moins rapide que l’ennemi, il lui faut manœuvrer avec une précision extrême pour ne le pas manquer au passage. Pendant la nuit, un concours de circonstances favorables est nécessaire pour que ses tentatives aient chance de succès.

La portée d’observation des torpilleurs, quoique plus grande, est assez restreinte aussi. La flottille aura donc, dans les circonstances de guerre, fort peu de temps pour prendre ses dispositions et formations d’attaque. Elle devra tenir constamment tendu le réseau d’embuscade. Ajoutons enfin, que ces petits bâtimens, — sans cesse sur le qui-vive, et quel que soit l’état de la mer, — auront besoin d’être fréquemment relevés. Dans de telles conditions, pour barrer presque à coup sûr la route de l’adversaire, il faudra que la flottille soit nombreuse, à moins qu’on ne puisse lui signaler l’approche de l’ennemi quelque temps à l’avance.

Or, les sous-marins et les torpilleurs coûtent plus cher qu’on ne le croit généralement, surtout quand on les veut de 700 à 800 tonnes, et plus, ce qui, — exception faite pour les torpilleurs d’escadre, — n’est pas nécessaire et même a, pour les sous-marins, de sérieux inconvéniens.

Si l’horizon de nos bâtimens de flottille est peu étendu, au