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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/426

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que la meilleure position d’attente était la concentration des forces anglaises dans le Nord, celle des forces françaises dans le Midi. D’où résulte en toute évidence que l’existence d’une flotte de combat française, loin d’être rendue inutile par l’entente, ou l’alliance, avec l’Angleterre, est la condition indispensable d’une action commune.


Nous n’aurions pas eu à nous attarder à ces considérations si l’esprit public en France n’était encore troublé par une fausse conception de la guerre, et surtout de la guerre moderne. Il voit dans l’action sur mer et l’action sur terre des modes de résistance ou d’attaque entièrement distincts, indépendans l’un de l’autre, et demande qu’on choisisse le plus efficace. L’erreur des Français partisans de la marine minimum n’est pas de croire que le succès militaire peut seul imposer la paix, car c’est une incontestable vérité ; mais de ne pas comprendre que le maintien des communications par mer et la sécurité du littoral seraient des conditions essentielles du succès militaire dans le cas où le début des hostilités ne nous aurait pas été favorable ; peut-être même dans tous les cas. On est mieux instruit de l’autre côté du Rhin de la liaison nécessaire entre les opérations offensives navales et territoriales. Ce n’est pas sans motif que le ministre de la Guerre, le chef de l’état-major général, et trois commandans de corps d’armée ont accompagné l’Empereur aux dernières grandes manœuvres de la flotte allemande.


III

La nécessité de posséder une flotte agissante (a navy in being, disent les Anglais) étant admise, il reste à placer cette flotte dans des conditions qui portent son efficacité combattante au plus haut point. Nous ne parlons pas ici de l’excellence du matériel ni de l’entraînement des équipages, qui sont nécessités évidentes ; mais de ce que l’amiral anglais, sir Cyprian Bridge, dans son beau livre The art of naval warfare, nomme « la stratégie de la paix. » C’est un ensemble de mesures et de précautions dont l’objet est la coordination pendant la paix des élémens de l’action pour la guerre.

Le principe dominant cette stratégie est la mise en œuvre complète des ressources et des avantages particuliers qu’on possède,