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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/425

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rendront d’excellens services à notre défense navale. Leur puissance serait plus redoutable si, après un engouement excessif en faveur de bateaux minuscules sans valeur militaire, une réaction n’avait porté la Marine vers l’excès opposé. Les unités de fort tonnage coûtant beaucoup plus cher, il a fallu en réduire le nombre au-dessous de l’effectif indispensable aux exigences du rôle que ces escadrilles ont à remplir. Nous en reparlerons en montrant quels services pourra leur rendre l’aviation.

Quoi qu’il en soit, dans l’état actuel du progrès de l’armement, des machines et des constructions navales, une flottille, même nombreuse, même excellente, ne remplace pas une flotte : parce que son rayon d’action est limité, ses moyens d’attaque incertains et ses qualités navigantes inférieures. Torpilleurs et sous-marins laissent aux escadres ennemies la liberté de leurs mouvemens en haute mer. La flottille française n’empêcherait pas la capture au large, même par des bâtimens sans protection, des approvisionnemens destinés à nos ports. Elle n’irait pas, à grande distance, croiser au-devant des convois de troupes de l’ennemi. Enfin, le développement de nos côtes est trop considérable pour qu’elle puisse en assurer la surveillance complète.

L’utilisation de l’aéroplane marin, la transformation des moteurs des submersibles et l’accroissement de la portée des torpilles hâteront peut-être ce qu’on a appelé « la faillite du cuirassé. » Nous n’en sommes pas encore là. Si nous avons, en concentrant nos escadres dans la Méditerranée, confié aux flottilles la défense de tout notre littoral atlantique, ce n’est pas dans la pensée qu’elles y pourraient suffire, mais, ainsi que le disait le Times le 16 septembre dernier, parce qu’il vaut mieux être fort dans la Méditerranée que faible sur les deux mers. C’est aussi parce que nous supposons que la flotte anglaise se chargera, non seulement de sa mission propre, mais aussi de celle qu’une escadre française aurait dû être prête à remplir dans l’Océan.

Les débats du Parlement britannique sur le dernier budget de la marine ont suffisamment éclairé cette question. L’allusion directe faite par M. W. Churchill, premier lord de l’Amirauté, à l’assistance que prêteraient les forces françaises « agissant de concert » avec les croiseurs de Malte pour faire face à tout événement, ne laisse point de doute sur les i nient ions des deux gouvernemens. Ils ont, en somme, prévu autant qu’il était en leur pouvoir les éventualités de l’avenir prochain, et ont jugé