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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/384

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parent de l’Empereur, se fait représenter auprès de nous par les plus hauts de ses subordonnés, pourvoit a tous nos besoins, nous appelle dans sa résidence de Goré, nous y accueille au milieu de ses guerriers, multiplie les revues, les festins, les largesses, voudrait les prolonger avec notre séjour et, au départ, donne son bouclier de velours rouge aux lames d’or, insigne du commandement suprême dans les armées abyssines, à Marchand. Si une telle grâce dans la générosité, privilège de la nature, ne peut être prescrite par mesure générale, du moins l’ordre est-il que partout les officiers français soient traités avec les prérogatives réservées aux chefs d’armées. Et Ménélick, pour les recevoir, au retour d’une expédition qu’il achève, leur donne rendez-vous dans sa Cour. Cette fraternité ne s’improvise point par ces effusions de gestes, elle s’est essayée aux preuves efficaces. Les renseignemens s’offrent, se contrôlent, et attestent qu’une coopération militaire a été tentée par plusieurs armées. Cette certitude est résumée dans ces lignes du Journal, et avec cet accent de joie : « Ainsi, c’était donc vrai ! Ménélick manœuvrait sur la rive droite du Nil, tandis que nous nous approchions de la rive gauche. Thessama à l’embouchure du Sobat, Dominici et Makonnen au Sud de l’embouchure du Nil Bleu, venaient à notre rencontre. »

Donc, l’Abyssinie a adopté et déjà servi la double idée : s’agrandir dans la plaine du Nil, et s’assurer cet établissement sur le Nil par une coopération avec la France. Mais sur place à mesure que le regard, d’abord arrêté par les apparences, les pénètre, on saisit ce qui a manqué à cette exécution pour la rendre efficace. L’Ethiopie paraît de loin un empire sous un maître, elle est une féodalité où chaque détenteur du pouvoir travaille à défendre son indépendance, et tous à neutraliser l’Empereur. Celui-ci a d’autorité ce qu’il a de force ; souvent, pour obtenir l’obéissance, il est obligé de combattre, et au moment même où nos Français montaient vers lui comme vers l’arbitre souverain d’un seul peuple, Ménélick devait conduire en personne une expédition contre un de ses grands vassaux. Nulle part l’unité ne manque davantage au pouvoir que dans les choses de guerre. Même quand tous ces grands vassaux se trouvent unanimes à faire campagne dans l’intérêt national, chacun d’eux reste le chef né et irrévocable de ses propres vassaux, et en même temps le serviteur de leur volonté générale, qu’il ne pourrait contraindre