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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/368

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pierre blanche, » où tous les perdus reviennent. Les causes de leur retard, les péripéties de leur retour, et la chance de leur rencontre ont été racontées dans le Journal de Baratier.

Le docteur Emily ajoute une indication que Baratier avait passée sous silence : il dit l’état d’épuisement où apparurent ces rescapés du marais. Sa compétence, dans le compte ouvert à la santé de la Mission, permet de constater avec quelle exactitude la maladie, sous le climat d’Afrique, paie tous les excès, même les excès de courage. La maladie n’omet aucun de ces officiers. Elle tue Gouly, sentinelle perdue à soixante lieues. Elle va et vient sans cesse autour de Marchand, qui la provoque sans cesse, qui semble, partout où il envoie les autres, leur y donner rendez-vous, se fait le lien de leurs activités, les assemble toutes dans la sienne, et se consume dans la mesure où il se prodigue. Il inquiète le docteur plus que personne, et plus que jamais dans les premiers jours de mai, où la Mission, sûre de sa route, voit enfin monter le fleuve. Mais ce fiévreux déconcertant, que son médecin couchait la veille et qui, le lendemain, courait le pays, de reconnaissances en palabres, d’inspections en chasses à l’éléphant et au lion, ne permet pas à sa santé de le mettre en retard. Il impose rudement silence au mal comme au plus incommode de ses subordonnés. Tous ceux qu’il commande lui ressemblent, l’approche de la fatigue espérée les guérit de leurs fatigues anciennes et, dès qu’apparaît la chance de partir, le docteur n’a plus de malades.

Au début de juin le Soueh porte les embarcations légères, mais il faudra encore un ou deux mois pour qu’il soulève utilement le Faidherbe. La hâte d’arriver décide à échelonner le départ. Marchand, Baratier, Mangin, le docteur, la moitié des hommes, avec le menu bagage, s’embarqueront tout de suite sur la flottille. L’autre moitié, avec Germain et Dyé, suivra sur le Faidherbe, avec le matériel encombrant et l’artillerie, quand les eaux seront assez hautes. Le 4 juin, cinq canots et quelques pirogues laissent aller. Le 12, on entre dans le marais qui retint si longtemps Baratier et que le docteur décrit à son tour. La route vaut d’avoir deux narrateurs et que l’on compare les deux itinéraires. Sans conteste, le plus tragique fut celui de Baratier, parce que, tâtonnant dans l’inexploré, il sembla plus longtemps conduire à la mort par la faim et sous la boue. Mais, même allégée de ces suprêmes périls, l’expédition ne chôma pas de