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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/365

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nous ouvrir le bassin du Nil, et l’on y reconnaît le point où le Soueh devient navigable. Entre les deux routes d’eau, 200 kilomètres s’étendent. Parcourir cette distance, le long des sentes, et diviser le bagage en charges de porteurs n’est pas possible : on a des canons, des bateaux et surtout le Faidherbe. Sur les 200 kilomètres une route de i mètres de large est ouverte, nivelée. Le Faidherbe, sectionné en tranches, et ses chaudières qui ne peuvent être démontées, parcourent, en glissant sur des rouleaux de bois, la distance. Le confluent du Soueh avec son tributaire le Waou a été choisi comme port. Les embarcations s’alignent, les sections du Faidherbe rejointes ont reçu leurs chaudières. La berge se transforme en bivouac. La troupe qui, depuis dix-huit mois, a suffi à tous ces travaux a hâte de s’en reposer en activant sa tâche, en atteignant Fachoda. C’est ce moment où l’avenir semble conquis par ce passé, où les actes se hâtent vers l’exécution efficace que le docteur choisit pour entrer dans la familiarité des événemens.


II

Tout est réuni, tout est prêt : mais entendez ces mots dans leur sens africain. La petite troupe demeure répartie en cinq postes. Il faut maintenir par eux la voie libre entre notre possession de l’Oubanghi et notre mission du Nil, scinder notre effectif en groupes assez restreints pour qu’ils vivent sur place, et communiquer avec tous par un va-et-vient de messagers. Il en sera ainsi jusqu’au jour où ces messagers porteront aux dispersés l’ordre de rejoindre, pour l’embarquement. Cet ordre serait donné avant la fin de 1897, s’il suffisait d’être prêt pour partir. Mais les mouvemens de la nature ne demandent pas conseil aux impatiences des hommes. Les besognes de la Mission ne lui ont pas permis d’atteindre le Soueh au moment où il aurait pu la porter. Elle n’arrive qu’à la saison des basses eaux ; six mois s’écouleront avant qu’elles montent. On ne s’est tant hâté que pour se heurter à l’inertie du fleuve qu’on ne saurait contraindre. Il faut attendre, et de quelle attente ! Fachoda est le prix d’une course où l’Angleterre et la France luttent de vitesse. Fachoda est plus près du Caire où les Anglais se formaient que du Gabon où les Français se sont préparés en même temps. Les Anglais n’avaient eu qu’à remonter en droiture les