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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/357

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péninsule un contrepoids à l’influence autrichienne, avait certainement intérêt à voir s’organiser dans les Balkans, une force capable de tenir tête aux Turcs. De fait, aussitôt la guerre engagée, on a vu l’Italie se retirer du jeu en emportant son bénéfice… Quoi qu’il en soit d’ailleurs, la formation d’une ligue balkanique est un fait dont on ne saurait exagérer T’importance. Si, comme le désarroi des Turcs permet de le prévoir, la victoire reste définitivement aux alliés, s’ils sont assez sages, assez clairvoyans pour maintenir, pour resserrer leur alliance et pour former une confédération balkanique, c’est peut-être une nouvelle grande puissance qui vient de naître en Europe, et alors, qui ne voit les conséquences, toutes les conséquences ? Mais c’est trop anticiper sur l’avenir…

La formation de la ligue des quatre petits Etats a été l’œuvre des souverains et des diplomates ; mais c’est aux peuples seuls qu’il appartenait de donner une âme au nouveau corps et de lui communiquer la vie. Leur élan a dépassé toutes les prévisions et justifié toutes les audaces. Partout la mobilisation s’est faite avec une célérité, avec un ordre et une discipline qui ont donné à tous les témoins l’impression d’une force en mouvement. On a vu les jeunes gens, les hommes mûrs rivaliser d’abnégation et de patriotisme. A Paris, les légations voyaient arriver des Amériques des hommes de leur nationalité qui, à l’heure du péril, réclamaient l’honneur d’aller se battre pour le salut et la gloire de leur petite patrie. Les peuples des Balkans ont donné un magnifique exemple d’enthousiasme conscient et discipliné. Fait plus considérable encore, parmi tous ces hommes de nationalités différentes, réunis sous les drapeaux de quatre souverains et sous le signe unique de la croix, on a vu naître un patriotisme fédéral : Serbes et Bulgares ont lutté côte à côte ; les Grecs ont acclamé les succès des Bulgares : aucune trace de rivalité dans le commandement, partout l’obéissance, le dévouement, l’acceptation joyeuse de la mort pour une grande cause. Quand des masses d’hommes s’élancent ainsi au combat d’un seul cœur, avec la conscience nette que de leur courage et de leur discipline dépendent la vie et la puissance de leur patrie et le salut de chacun d’eux, s’ils sont conduits par des chefs dignes d’une si haute mission, la victoire doit leur rester !

En face de cette foi et de cet ordre, les Turcs présentent un spectacle de découragement et de désarroi dont leurs ennemis