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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/329

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« cabala, » et l’on intrigua de plus belle. La Reine, la coterie Polignac, Necker et le marquis de Castries tenaient bon pour Ségur et n’en démordaient pas. Mais Maurepas s’entêtait et poussait toujours Puységur. Chacun des deux partis se disputait l’esprit du Roi, qui demeurait perplexe et ne savait de quel côté il ferait pencher la balance. A Versailles, à Paris, la fermentation était grande ; il circulait mille bruits divers. On assurait que Castries allait réunir dans ses mains les portefeuilles de la Guerre et de la Marine. D’autres croyaient savoir, — et cette idée parait avoir été un moment agitée, — qu’on ne ferait pas de ministre et qu’on établirait seulement un Conseil de la Guerre, dont M. de Ségur aurait la présidence. Quelques personnes inclinaient à penser que le choix du souverain se porterait sur M. de Vogué, populaire dans l’armée et réputé pour un officier remarquable [1]. Notons aussi la rumeur persistante que le comte de Maurepas, mécontent de voir Montbarey chassé deux mois après Sartine et renversé par les mêmes mains, alléguait son âge avancé, sa lassitude et sa mauvaise santé, pour se retirer des affaires, et laissait ainsi le champ libre au directeur général des finances. La Reine elle-même envisagea cette éventualité. Mercy rapporte, à cette même date, un entretien confidentiel entre la jeune souveraine et lui, où elle sollicite son avis pour le remplacement du Mentor : « Comment trouver, lui demande-t-elle, un sujet qui nie convienne, ainsi qu’au bien de la chose ? Cherchez-le-moi ; je ne pourrais m’en rapporter qu’a vous [2]. » Mais Mercy-Argenteau demeure singulièrement sceptique sur la démission du vieillard : « Ce propos, écrit-il, d’une apparence si importante, quoique tenu de bonne foi, n’en est pas moins illusoire. »

Rien de plus justifié que l’incrédulité de Mercy. Le lendemain même du jour où il expédiait cette dépêche, Maurepas avait avec Louis XVI une longue conversation, et il y insistait si fort pour faire agréer Puységur, qu’il arrachait, ou peu s’en faut, le consentement du Roi. « Je ne crois pas que la Reine ait quelque chose contre celui-là ? » interrogeait pourtant le prince avec une légère inquiétude [3]. Et Maurepas s’efforçait de rassurer ce

  1. Journal de Véri. — Souvenirs d’un chevau-léger, par le marquis de Belleval. — Correspondance du chevalier de Pujol, publiée par M. Paul Audebert, passim.
  2. Lettre du 22 décembre 1780 au prince de Kauntz. — Correspondance publiée par Flammermont.
  3. Journal de Véri.