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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/308

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avant le nom du marquis de Castries, le Mentor s’était récrié, traitant Castries d’« esprit médiocre » et de « petit génie, » bon tout au plus pour être « le ministre des dames [1]. » Necker n’avait pas insisté, se réservant, au moment opportun, de découvrir son jeu et de faire donner ses batteries. Jusqu’à l’heure décisive, le nom du ministre choisi demeurerait le secret de la coalition.

Les choses ainsi réglées, Necker, dans les derniers jours de septembre, se décidait à entrer en campagne. Il se risquait à entretenir le Roi, dans un ferme langage, des nombreux embarras causés par le désordre et la légèreté de Sartine ; il laissait entrevoir que, si les choses continuaient de la sorte, il faudrait prochainement opter entre son collègue et lui. Louis XVI, selon son habitude, rapportait aussitôt cette conversation à Maurepas, dans une lettre confidentielle, « parfaitement raisonnée, » assurait le Mentor, où toutes les raisons pour et contre étaient clairement et impartialement exposées. Le Roi concluait ainsi : « Renverrons-nous Necker ? Renverrons-nous Sartine ? Je ne suis pas mécontent de ce dernier : mais je crois que Necker nous est plus nécessaire [2]. » Maurepas, dit l’abbé de Véri, crut devoir parler de cette lettre au directeur général des finances, « qui eut alors l’audace de lui en demander lecture, » ce que Maurepas considéra « comme une humiliation, » mais ce qu’il n’osa refuser, « si grand et si pressant était le besoin d’argent [3]. » Le Conseil des dépêches et le Conseil d’Etat furent également consultés par Louis XVI, dans le plus grand mystère, sur la solution du conflit. Vergennes reçut mission de résumer l’affaire : il se prononça pour Sartine : « Mieux valait, disait-il, laisser partir M. Necker que lui laisser prendre le ton d’un maître et mettre le marché à la main, à chaque volonté qu’il aurait [4]. »

Au cours des jours suivans, la bataille commencée se poursuivait avec des chances diverses. Sartine, sentant venir l’orage, sollicitait de Louis XVI une audience, dans l’espoir d’arriver à une explication directe. Mais le Roi, comme toujours en pareille occurrence, se dérobait au tête-à-tête. Alors Sartine se rabattait

  1. Journal de Véri, septembre 1780.
  2. Ibidem, octobre 1780.
  3. Ibidem.
  4. Ibidem, et Lettres de Kageneck. 20 octobre 1780.