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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/305

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fortifier en embrassant ouvertement sa cause. De plus, Sartine ayant habilement lié partie avec le prince de Montbarcy, ministre de la Guerre, proche parent, comme on sait, et ami très intime de Mme de Maurepas, la déférence conjugale du Mentor l’empêchait de se prononcer contre un homme aussi bien soutenu. Mais il comprenait, d’autre part, dans la situation présente, l’immense danger de la démission de Necker, la quasi impossibilité, si le directeur général retirait ses services, de trouver l’argent nécessaire pour poursuivre la guerre. Dans cette difficile conjoncture, il gardait donc une sorte de neutralité, se retranchant derrière son esprit de concorde et parant ses perplexités du beau nom de modération.

La Reine était dans le même embarras, mais pour des raisons différentes. Elle avait eu jadis de la bienveillance pour Sartine, dont l’âme légère et l’humeur complaisante paraissaient faites pour lui convenir. Depuis quelques mois cependant, sous certaines influences dont il faudra bientôt parler, il s’était opéré en elle un grand changement à l’égard de ce personnage. Elle le traitait avec froideur, ne lui adressait plus que rarement la parole, et, dans son cercle familier, si elle venait à prononcer son nom, elle y ajoutait volontiers des appellations peu flatteuses, le nommant « l’avocat Patelin » ou « le doucereux menteur. » Mais, dans cette malveillance nouvelle, elle était retenue, gênée jusqu’à un certain point par l’appui que Sartine rencontrait à la cour de Vienne. L’impératrice Marie-Thérèse, comme Joseph II, comme Mercy, leur porte-parole, témoignaient, en effet, au ministre de la Marine une active sympathie, bien moins par goût pour ses mérites que par crainte de lui voir donner un successeur moins souple et moins accommodant. Pressée par tous les siens de « demeurer passive » dans le « duel » qui se préparait, la Reine semblait se résigner à ne point combattre Sartine, sans rien faire néanmoins pour empêcher sa chute.


III

Au mois de mai 1780, un incident, assez peu grave en soi, parut, à tous les gens au courant de la politique, l’annonce et le prélude de plus importans événemens. Le « cinquième secrétaire d’Etat, » le directeur de l’agriculture, des haras, des