Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/226

Cette page n’a pas encore été corrigée


Cependant, je ne trouve pas, chez les Fabrecé, les sentimens qui sont l’âme habituelle de la famille : cette tendresse religieuse, pénétrante, accablante peut-être, qui met en servitude les esprits et les cœurs, cette tendresse qui est une sainte et méticuleuse, tyrannie. Ce qui la constitue, leur famille, c’est la « colossale » entreprise du père Fabrecé, continuée par ses fils. L’âme de cette famille, c’est la volonté ambitieuse du père, transmise à ses descendans ; et enfin, l’âme de cette famille, c’est l’usine où l’on fabrique du papier, — c’est la machine.

M. Paul Margueritte l’a-t-il voulu ? Je crois que oui. L’auteur de Ma grande est habile à peindre la tendresse. Mais il a combiné ainsi la famille des Fabrecé pour rendre plus concluante sa démonstration.

Car il tendait à une démonstration. Et c’est ici qu’il se distingue d’Emile Zola, mais du Zola de Germinal, non du dernier Zola, de celui de Fécondité, Travail et Vérité. Maintenant encore, nous suivons l’ancien réalisme.

Quelle est la thèse de M. Paul Margueritte ?

S’il avait poussé plus ardemment cette idée de la famille qui écrase les individus, il aboutissait à l’anarchie. Ce n’était pas son projet. Et il a fait à sa philosophie l’honnête sacrifice de cette fureur qui eût animé le roman. Est-il donc, avec d’autres, un disciple de Le Play ? Bref, et en termes vulgaires, a-t-il écrit les Fabrecé pour ou contre la famille ?

Sa thèse, il a dû, pour plus de sûreté, l’indiquer lui-même, ici ou là.

Or, il écrit : « Une grande famille ressemble à un couvent. » C’est une remarque, ce n’est pas un jugement ; et, pour induire de là un jugement, il faudrait savoir l’opinion de M. Paul Margueritte sur les couvens : elle ne nous est pas donnée.

Lorsque Antoine voudrait épouser Miche, le père Fabrecé lui objecte : « La loi de vie et de perfectionnement, d’ascension si tu veux, nous domine… Tu n’es pas un individu isolé ; participant aux avantages collectifs, tu as des obligations altruistes, et de même que tu te dois à ta patrie, tu te dois comme nous tous à ta famille. » Antoine propose de vivre à l’écart, avec son amour, loin de la famille. Le père Fabrecé : « Tu aurais transgressé ta fonction de Fabrecé ; tu fais partie d’un ensemble de nécessités, de convenances, de forces unies, que nul d’entre nous n’a le droit d’entamer ni d’affaiblir. » Éloge de la famille ; son affirmation la plus éloquente. Mais voilà, sans doute, l’opinion de Fabrecé ; est-ce, en outre, celle de l’auteur ?

La famille étant réunie, Fabrecé contemple « à travers le présent et