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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/223

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enfans ! Eh bien, l’aîné, Jean-Marc, amène dans le roman le souvenir de sa première femme, la seconde, les deux enfans qu’il tient de la première et ceux que la seconde lui donna, puis une Suzette Hycler, des Bouffes. Autre fils : Antoine. Il est amoureux de Miche, sa sœur de lait ; et nous connaissons par lui sa nourrice et le mari de cette bonne femme. Autre fils : Olivier, militaire, qui s’intéresse à toute une famille Sarnel et, principalement, à une demoiselle Sarnel, charmante, mais infirme. Autre fils : Florent, un peu coureur et qui, en ribote, bat les femmes ; du reste, il s’amendera et, en aéroplane, trouvera son chemin de Damas. Autre fils : Jacques, le colonial. Il nous conduira chez une aventurière, Mme Belloni, et il repoussera les avances de Liane, belle-sœur de son frère aîné, mais il épousera Mlle Rovire, qu’il a rencontrée à Vichy. Trois demoiselles Fabrecé. L’une, Sophie, est une vieille fille qui, un instant, ne saura pas si la tendresse de Virquot l’ingénieur ne l’a aucunement touchée. Autre demoiselle Fabrecé : Isabelle, qui a épousé Cyrille Jacquemer, un aveugle. Troisième demoiselle Fabrecé : — et, celle-là, nous lui devrons mille complications de toutes sortes ; — Simone, dont le mari, comte Serge Polotzeff, est un sadique, un fou bientôt, un assassin, puis un mort. Simone, qui a deux enfans, aime le docteur Le Jas, qui est marié, qui a des amis, les Luce (de Bruxelles) et l’abbé Stéphane Arnaud. Cet abbé, en chemin de fer, se coupe une artère. Le Jas est là : il s’étonne des « voies obscures du hasard, » et, cependant, lie l’artère.

M. Paul Margueritte, ayant ainsi multiplié le personnel de son roman, ne frissonna-t-il pas d’épouvante ? Il se ressaisit ; et il ajouta quelques employés de l’usine, la duègne de Mme Belloni, le directeur de la maison de fous où l’on met l’infâme Polotzeff, la femme de ce directeur, etc. Frissonna-t-il encore ? Il munit de surnoms la plupart de ses héros : Jean-Marc s’appelle aussi le Gouverneur ; Isabelle, Zabelle ou Za ; Sophie, la Surintendante ; Olivier, le Chevalier sans peur et sans reproche ; Jacques, le Consul ou le Chinois, etc.

Pour conduire cette multitude, il fallait un conteur habile ; M. Paul Margueritte en est un. Mais, pour qu’avec tant d’épisodes le roman prit l’unité qu’on aime dans une œuvre d’art, il aurait fallu que les divers épisodes dépendissent les uns des autres. Or, l’idyllique amour d’Antoine et de Miche est, tout seul, un roman ; de même, les péripéties du ménage Jean-Marc ; de même, la tendresse apitoyée d’Olivier pour Mlle Sarnel ; de même, l’édifiante conversion de Florent ; de même, le martyre conjugal de Simone, etc. Il est vrai que la liaison momentanée de Jacques et de Mme Belloni a, quelque temps, son