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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/212

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manqueriez pas, pour tout l’or du monde, au précepte de ne mentir aucunement. Vous jugez le mensonge comme un acte crapuleux, excepté si c’est envers un mari ! Avec celui-là, vous acceptez de mettre dans vos relations journalières n’importe quelle hypocrisie, des simagrées de filou, des ruses de laquais… JINCOUR. — Autant déblatérer contre la guerre : les meilleures gens du monde en temps de paix, sont prêts à tout commettre, par le fer et par le feu, dès la déclaration des hostilités. Les choses de l’amour sont pareillement restées en dehors de la civilisation. » Si d’ailleurs Florence et l’ami de son mari se comprennent si mal, c’est qu’ils se font tous deux de l’amour une conception si différente ! « JINCOUR. — Des propos trop légers méritent que vous ne les preniez que légèrement. Les miens ont roulé sur un sujet qui est par définition l’échange des fantaisies. Et j’en devise dans une résidence dont nous rappelions tout à l’heure la dénomination de frivolité. FLORENCE. — On ne badine pas avec la bagatelle. » Dans ces deux façons de considérer l’amour tient toute la pièce. Et le dessein de l’auteur apparaîtra clairement, quand nous aurons appris que Florence a une amie, Micheline, en qui elle a mis toute sa confiance, et que cette amie, après s’être débattue contre la poursuite de Gilbert de Raon, le mari de Florence, avoue à celui-ci qu’elle partage la passion dont il l’obsède. C’est le malheur des natures foncièrement honnêtes, qu’elles ne soupçonnent pas chez autrui le mal dont elles sont elles-mêmes incapables, et partant qu’elles ne savent pas se mettre en garde contre lui. Florence va en faire, à ses dépens, la douloureuse expérience. Comme on le voit, l’aventure qui nous est contée dépasse la portée d’une anecdote particulière ; elle sera en quelque sorte l’illustration d’un perpétuel conflit : celui de la morale mondaine et de l’autre, de celle qui est, sans épithète, la morale.

Au second acte, et devant que s’engage la partie décisive, l’auteur a cru devoir placer quelques scènes qui ne font pas avancer l’action, mais qui renforcent l’étude de mœurs. Il insiste sur les étonnemens et l’indignation de Florence qui se croirait transportée chez les sauvages, si ce n’était elle plutôt qui a des ébahissemens de Huronne ahurie par un spectacle d’extrême civilisation : « FLORENCE. — Avant d’avoir débarqué ici, j’étais sans la moindre notion que l’existence fût envisagée avec tant de dévergondage par des gens qui ont l’air comme il faut. GILBERT. — Vous croyez-vous transplantée dans une île encore non découverte ? Certes, il y a, par ailleurs, beaucoup de salons où l’on est austère, collet-monté, vétilleux ; les mœurs y ont un tout autre caractère que celui dont vous êtes si étonnée. Mais