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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/205

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pénibles, où M. Mauriac, — tel du moins qu’il est aujourd’hui, — se résume tout entier, qui, en même temps que : Appel à la pitié, pourrait être intitulé Confession, et même confession générale ; et qui vous donnera l’idée complète et de l’état d’âme de l’auteur et aussi de la perfection de forme où jusqu’à présent il peut atteindre. Je la donne presque tout entière ; je vous prie de la lire très attentivement ; M. Mauriac l’a intitulée le Vaincu.

Quand vous voyez passer dans l’air mouillé du soir,
L’ami comme jadis, l’ami d’autres années,
Qui se berce de vers au tombant des journées
Et qui n’a plus en lui le mirage et l’espoir ;

Songez à ce fardeau de faiblesse que porte
Sa petite âme vaine, où chantonne toujours
Le refrain puéril et las des vieux amours,
Son âme où traîne le parfum des choses mortes.

Lors, laissant loin de vous la facile ironie,
La vaine cruauté du sourire voulu,
Vous la retrouverez, cette âme et son génie
Comme un vieux livre aimé jadis et souvent lu.

Et dans son jardin clos voyant des feuilles mortes
Effacer devant vous la trace des allées
Et la rouille rongeant le fer des vieilles portes
Et le lierre voilant les urnes écaillées ;

Vous songerez : cette âme a devancé son heure ;
Elle connut trop tôt les brumes de l’automne.
A l’âge où dans le cœur un vol d’espoir frissonne,
Elle est déçue, elle est isolée, elle pleure.

Alors, ayant jeté les yeux sur votre frère,
Qui n’a plus comme vous la clarté d’un espoir,
Pour que votre pitié lui soit douce et légère,
Vous lui direz ces mots que l’on trouve le soir.

Vous avez pu juger du style de M. Mauriac, qui manque de force ; mais qui a de la souplesse et de la grâce et de l’aisance de tour. Sa langue est très bonne, et je ne trouve à relever dans son volume que je défaille, que je ne crois pas qui soit français, le verbe défailler m’étant inconnu. C’est sur le rythme que