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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/192

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Grummingen, une position d’attente qui lui est imposée par les circonstances. « M. le Prince héréditaire, écrit-il à Soubise, est campé à Homberg et M. de Luckner l’a joint hier, j’en ai la certitude. » On reconnaît là le général qui sait s’éclairer et n’opère devant l’ennemi qu’en connaissance de cause. C’est aussi un chef prudent non moins qu’avisé : « Si je passe l’Ohm pour m’approcher d’Asfeld, je fais une marche en prêtant le flanc de très près au Prince héréditaire qui est à présent aussi fort que moi, et je m’expose à un combat : ce n’est pas là le plus grand inconvénient ; si vous l’ordonnez, nous le risquerons volontiers ; mais d’où vivrai-je ?… je tire mon pain de Giessen. Il sera facile aux ennemis campés à Homberg d’intercepter mes convois… » Ah ! les ravitaillemens, la pierre d’achoppement de tant de manœuvres savantes en campagne, surtout à une époque où les services que nous appelons « de l’arrière « étaient encore en enfance, d’où, faute de grands magasins préparés et de moyens de communication, on ne savait guère que réquisitionner, vivre sur le pays : mais quand le pays était épuisé ?…

Condé se trouvait en assez mauvaise posture avec sa réserve du Bas-Rhin, entre Grumberg et Giessen, menacé par deux corps ennemis, et très inférieur en forces. Son corps pouvait être écrasé, avant que l’armée des maréchaux, venant de Westphalie, mais encore éloignée, ne fût en mesure de lui porter secours. Il fallait k tout prix que le prince se rapprochât d’elle ou livrât un combat heureux, avant d’avoir sur les bras toutes les forces ennemies concentrées. Le canon seul pouvait le dégager de cette étreinte.

Sur un plateau près de Grummingen, se distinguaient encore les vestiges des lignes que les Romains avaient construites dans l’antiquité contre les Germains. C’est là qu’électrisé par ce monument des premiers âges, où le sort des empires se remettait déjà au dieu des batailles, confiant dans ce rempart dont il se couvre et plus encore dans les vaillantes poitrines d’hommes dont il se sent armé, le prince français accepte l’engagement contre le premier corps ennemi qui se présente, celui du Prince héréditaire prussien.

Le marquis de Lévis a tout fait d’avance pour en ralentir la marche par des escarmouches et des charges réunies.

Derrière cette avant-garde si bien commandée, Condé a toute sa réserve dans la main. Elle est fort entraînée et quelques