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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/189

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assurer la subsistance des troupes détachées au siège, et brusquer l’opération. Il trompa l’ennemi sur son itinéraire, couvrit sa marche avec adresse, et, tombant à l’improviste sous les murs de Meppen, somma le gouverneur : « J’aime mieux mourir, » répondit simplement le major Udam, homme énergique, rivé à son règlement et décidé à épuiser les ressources de sa défense. Il savait cependant sa petite garnison menacée d’un assaut donné par quarante-cinq compagnies de grenadiers, suivies d’un corps considérable de chasseurs et de trois régimens de dragons à pied.

Le siège fut aussitôt poussé avec activité. Ceinte d’un mur épais et de fossés profonds, la place était en outre défendue par plusieurs ouvrages extérieurs. Condé se révéla officier du génie, comme il s’était déjà révélé canonnier en rase campagne. Avec l’aide de l’ingénieur Bourcet de la Saigne et de l’artilleur de Saint-Auban, il dirige les travaux d’attaque au milieu d’un feu violent qui lui laisse tout son sang-froid, place artistement les batteries, fait pousser méthodiquement les tranchées. Le tir continu des assiégés a beau inquiéter et retarder les travailleurs. Ils sont animés par la constante présence du jeune chef qui se poste souvent sur les points les plus exposés au canon des remparts. Il montre qu’il a étudié avec fruit Cohorn et Vauban. Ensuite il va visiter les blessés à l’ambulance. Sa sollicitude lui gagne les cœurs dans le corps de siège ; il a fait preuve ainsi des doubles dons du commandement.

La place se rend enfin, n’ayant plus ni munitions, ni vivres, et les bombes ayant fait sauter le magasin à poudre. La garnison est prisonnière, mais sort de l’enceinte avec les honneurs de la guerre. Le gouverneur allemand, après avoir éprouvé l’énergique vaillance de l’assaillant, ne peut que rendre hommage à sa magnanimité.

La dernière campagne de la guerre de Sept ans, celle de 1762, en apportant à Louis-Joseph l’honneur d’un commandement désiré, devait le sacrer capitaine dans notre histoire militaire. « On crut alors, dit le duc d’Aumale, qu’on allait voir reparaître le grand Condé. » Mais l’illustre historien s’empresse d’ajouter : « Il n’y a qu’un grand Condé. » Laissons à Louis-Joseph un moindre piédestal.

Les maréchaux Soubise et d’Estrées opéraient en Westphalie avec 80 000 hommes. Le prince de Condé commandait la