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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/179

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vers Wicheln, la gauche du côté d’Osterodt. Le duc de Brunswick, aimant mieux donner une bataille que la recevoir, résolut de s’avancer contre les Français. De Saint-Tonis à Willich, un ancien fossé très large, appelé dans le pays le landwerth, séparait l’armée ennemie de l’armée française, et traversait une grande bruyère où Clermont avait étalé son camp. Il avait mis le landwerth et ses alentours en état de défense ; mais en négligeant toute sa partie gauche, qui s’étendait jusqu’à la Niesse et ne se trouvait pas défendue. L’aile gauche de l’armée était ainsi complètement en l’air, et c’est vainement que le comte de Saint-Germain et le prince de Condé firent remarquer cette lacune. C’est de ce côté que Brunswick allait porter ses efforts. Clermont, au contraire, en dépit de tous les avertissemens, n’avait d’yeux que pour sa droite et avait même fait de ce côté un détachement inutile.

Le 23 juin, la bataille s’engagea avant le jour, et l’ennemi esquissa aussitôt un grand mouvement tournant contre notre malheureuse aile gauche, dans la direction d’Anrath. L’état-major était encore attablé, lorsque l’attaque se prononça, et il y eut surprise.

Saint-Germain avait sur les bras, vers midi, des forces très supérieures. Il disposait d’une réserve de 16 bataillons et 16 escadrons. Après une lutte acharnée, les confédérés, qui avaient engagé tout leur monde, parvenaient, grâce au tir de leur gros canon et avec l’avantage du nombre (11 000 hommes contre les 7 000 de Saint-Germain), à se rendre maîtres des taillis, où la défense concentrait sa résistance.

Par suite d’une fatalité ou d’un ordre égaré, les renforts fiévreusement attendus ne paraissent pas sur le champ de bataille. Les grenadiers de France se sont trompés de route, et le comte de Saint-Germain en est réduit à ses propres forces. Il repousse trois assauts, niais sa division finit par être obligée de battre en retraite. La cavalerie française soutient le mouvement et « fait la meilleure contenance du monde [1]. »

Vers cinq heures du soir enfin, l’armée française était complètement débordée par sa gauche. Les carabiniers français eurent raison des premiers escadrons ennemis, puis vinrent échouer contre le feu des bataillons hanovriens. Les mêlées ne

  1. Relation allemande de la journée de Crefeld, par le marquis de Voyer. Dépôt de la Guerre. Supplément Luynes, XVI, 182. Papiers Clermont, t. VII, n° 159.