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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/174

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l’étude. Il ne pensait plus qu’à s’exercer au métier des armes, en attendant l’heure des combats. Il s’y prépara en se montrant dans les camps d’instruction, en se faisant reconnaître des soldats pour le sang des Condés.

Il n’avait pas encore vingt et un ans, c’était l’âge de Rocroi, et il n’attendait que l’occasion. Malheureusement l’armée était en décadence, endormie dans les loisirs de la paix à l’ombre des lauriers de Fontenoy. « Le goût de bien vivre [1] » avait remplacé les ardeurs belliqueuses, et, à tous les degrés de la hiérarchie militaire, la discipline s’était relâchée. Le cadre des états-majors péchait par son recrutement. Les officiers de cour y tenaient la place des officiers de métier. L’organisation était défectueuse du haut en bas de la hiérarchie.

En Prusse au contraire, le grand Frédéric portait l’art militaire à un haut degré de perfection. Il inaugurait une révolution dans la tactique, en battant l’Autriche, et nous devions éprouver bientôt le contre-coup de ces succès éclalans, par nos revers dans la guerre de Sept ans, prête à s’ouvrir.

Louis-Joseph était plein d’illusions et d’une généreuse ardeur. Il ne pouvait plus se passer de mouvement. Déjà peu fidèle à sa femme et l’ayant habituée à subir ses fréquentes absences, il n’hésita plus à s’arracher à son intérieur pour courir où la gloire l’appelait, peut-être aussi pour mieux secouer ses lisières.

Louis XV ne le retint pas, et la petite princesse, en poussant des soupirs, dut accepter avec résignation cette séparation cruelle.

Le 11 mai 1757, lorsque le Roi passa à cheval, dans la plaine des Sablons, la revue des gardes françaises et suisses, Condé l’accompagnait avec le Duc d’Orléans et une foule de gentilshommes. Le 2 mai, prêts à partir, ces deux princes allèrent prendre les ordres du Roi au sujet du cérémonial à observer entre eux et l’Electeur de Cologne. « Mon cousin, dit Sa Majesté à Louis-Joseph, voilà une belle occasion pour vous de marcher sur les traces du grand Condé. »

Le lendemain, les princes partirent pour aller rejoindre l’armée du Hanovre. Le commandement en était confié au maréchal d’Estrées, petit-fils de Louvois, celui qu’on avait surnommé le Temporiseur. « Il est de mes connaissances de société, écrivait Mme de Pompadour au comte de Clermont : je n’ai jamais

  1. Camille Roussel, le Comte de Gisors.