Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/172

Cette page n’a pas encore été corrigée


songeait par avance à son mariage. C’était la mode des unions précoces dans les maisons princières.

La petite vérole lui avait malheureusement laissé de légères traces au visage. Est-ce à la suite de cette maladie qu’il devint borgne, ainsi que l’avait été son père accidentellement ? Ou, par une fâcheuse bizarrerie de l’hérédité, devait-il cette infirmité à sa naissance ?… On s’aperçut un peu tard que l’un de ses yeux était atrophié ; l’autre du moins lui servira bien, toute sa vie, sans qu’il en paraisse gêné, même en campagne, où on le retrouvera si clairvoyant. A peine était-il entré dans sa dix-septième année, qu’il fut invité plus formellement par son tuteur à faire choix d’une princesse : simple formule de politesse d’ailleurs, car on lui offrit bientôt la carte forcée, dans la personne de la princesse Charlotte-Godefride-Elisabeth de Rohan-Soubise, qui, du reste, à quinze ans, passait déjà pour une jeune fille accomplie. Les jeunes gens se connaissaient à peine. Si convenable qu’elle fût, l’union ne se fit pas sans difficultés. Dans sa hâte à se débarrasser des soins de sa tutelle, Charolais rencontra plus d’une opposition autour de lui ; la future épouse n’étant pas de sang royal, on lui eût préféré une princesse de maison souveraine. Cependant les Condés avaient déjà donné plus d’un exemple de modération sur ce point. Le grand Condé lui-même n’avait épousé qu’une Maillé-Brézé ; son père, une Montmorency. Avec les Rohan, même pour un prince de la maison de France, on ne pouvait arguer d’une mésalliance choquante. Ils avaient été presque rois en Bretagne et maintes fois alliés à des familles souveraines. Tout en passant sur le nom, on discuta sur l’étiquette, « qui se rebiffait, » car, dit le chroniqueur, « c’était un temps épineux où l’on trouvait des obstacles partout. »

Enfin les fiançailles eurent lieu à l’hôtel Soubise. Qui ne connaît le vaste palais des Archives, à la majestueuse colonnade en hémicycle, une des gloires du Marais, avec sa tour moyenâgeuse datant d’Olivier de Clisson ?

La réception y fut digne du rang des époux. Grand déploiement de luxe et de pompe. Le prince de Soubise, père de la future, avait choisi, dans la gendarmerie de la garde du Roi, les douze plus beaux hommes pour offrir la main aux dames à la descente des carrosses ! Mlle de Soubise parut grande pour son âge, bien faite et douée par excellence [1]. »

  1. Dufort de Cheverny, Mémoires.