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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/163

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il se trouve, à y regarder d’un peu près, que Brunetière nous en a laissé plus que des fragmens. Il n’a pas rédigé, — tant s’en faut, — toutes les conférences qu’il a prononcées sur Bossuet, mais enfin il en a rédigé quelques-unes, et il a écrit aussi, au hasard de l’actualité, plusieurs articles considérables sur certaines parties de l’œuvre de son héros. Or, à rapprocher articles et conférences les uns des autres, à les disposer suivant un certain ordre, on s’aperçoit non seulement que ces divers morceaux forment comme les divers chapitres d’une étude d’ensemble a peu près complète sur Bossuet, mais encore, — et chose purement accidentelle, mais extrêmement heureuse, — que la succession même de ces chapitres reproduit, presque trait pour trait, le plan idéal d’une vaste étude sur Bossuet que Brunetière avait un jour tracé à ses élèves de l’Ecole normale, en déplorant, faute de temps, de ne pouvoir s’y conformer. On nous a conservé ce plan, ou ce programme, dans une note du volume récemment publié, sur le Dix-septième siècle, et chacun peut vérifier la très curieuse concordance.

Le voilà donc, semble-t-il, retrouvé ou restauré, écrit presque malgré lui, ce Bossuet qu’on avait si souvent réclamé a Ferdinand Brunetière, et qu’il s’obstinait à ne pas écrire. Et assurément, il manque bien quelque chose à ce livre, pour qu’il soit entièrement digne et de son auteur, et du noble sujet qu’il traite. On y trouvera sans peine quelques répétitions, et certains détails, non pas oiseux, mais qui se ressentent de l’origine première des diverses parties de l’édifice. Entre ces diverses parties, les proportions idéales ne sont peut-être pas toujours absolument respectées, précisément parce qu’elles n’étaient pas primitivement conçues en vue d’un ensemble. Enfin ces divers morceaux sont de date différente, et peut-être, aux yeux d’un juge minutieux et difficile, l’entière unité de pensée et de style pourra-t-elle paraître, çà et là, recevoir quelques atteintes. Evidemment, la dernière main de l’ouvrier manque à cette œuvre. Oserons-nous dire qu’elle n’en paraîtra que plus sincère, et peut-être plus attachante, sans les retouches dernières qu’il lui eût été si facile d’y apporter ?

Car, je vous prie, n’allez pas, à ce propos, sacrifier au préjugé vulgaire qui condamne sans appel les « recueils d’articles. » S’il était vrai, comme le prétendent certains éditeurs, que le public n’aime pas les recueils d’articles, le public aurait tort,