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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/141

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du tout ce qui l’avait suivie. La soldatesque avait entièrement échappé à ses chefs et fait trembler les vainqueurs presque autant que les vaincus. Ressemblance de plus avec les derniers sursauts de la Commune, car il semble bien que ce soit le même géant, endormi et enchaîné, l’Atlante populaire, qui se réveille, de loin en loin, secoue l’entablement où les Dieux vivent, aiment, jouent, luttent, se divertissent, puis reprend pour longtemps, parfois pour des siècles, sa pose immobile et courbée.

Nul n’en fut frappé au cœur comme Castiglione, car s’il était au monde un homme chargé d’empêcher cette catastrophe, c’était lui, et il ne l’avait pas empêchée. Et, non seulement il ne l’avait pas empêchée, mais il l’avait prévue, ce que Clément VII ne pouvait lui pardonner ; car les prophètes de malheur, toujours antipathiques, le deviennent encore bien davantage quand l’événement leur donne raison. Pourtant, l’activité du diplomate ne se ralentissait pas. Dès la nouvelle du sac de Rome et de la captivité du Pape, il avait suscité des manifestations du clergé espagnol en faveur de son maître et dépêché à celui-ci un exprès pour le rassurer. Clément VII une fois hors de danger, il prenait sa bonne plume de polémiste pour défendre la Papauté et le pouvoir temporel contre les attaques des disciples d’Erasme et, même dans la catholique Espagne, pour dénoncer un luthérianisme latent. Il réussissait enfin. L’entente était renouée entre les deux souverains, le départ de Charles-Quint pour l’Italie était décidé. Le long effort de Castiglione recevait donc sa récompense et aussi son désintéressement, car, dans un sentiment de dignité bien rare a cette époque, il avait refusé toutes les faveurs de l’Empereur jusqu’au jour où la paix, et une paix honorable pour le Pape, eût été conclue. Mais la trace laissée par l’épreuve était trop profonde pour s’effacer. Il ne se connaissait pas heureux. Dans une lettre, en latin, adressée à son fils, et qui devait être son testament, il lui cite mélancoliquement, ces vers de Virgile :

Disce, puer, virtutem ex me verumque laborem ;
Fortunam ex aliis

qui, selon lui, résumaient sa vie.

Une dernière cause de mélancolie, la plus grande à partir d’un certain âge, était l’absence de ceux qu’il avait aimés. On mourait jeune à cette époque, les groupemens d’affinités se