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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/129

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II. — UNE VIE

Le grand trait de cette vie est la fidélité. Né à quelques kilomètres de Mantoue, le 6 décembre 1478, près de Marcaria, dans le vieux château de Casatico, sur l’Oglio, d’une ancienne famille milanaise établie d’abord à Milan au service des Visconti et des Sforza, et passée à Mantoue au service des Gonzague, Castiglione avait été élevé dans cette tradition : servir. Il était naturel que ce fût les Gonzague. Son père Cristoforo Castiglione avait été blessé grièvement à Fornoue, aux côtés du marquis Gonzague, en combattant les Français, sa mère était une Gonzague d’une branche cadette. Pourtant, dans son jeune âge, il alla d’abord à Milan, apprendre les belles manières à la Cour de Ludovic le More. Il était, là, cette nuit terrible, une nuit digne des lamentations de Bossuet, où la jeune duchesse Béatrice d’Este mourut subitement, emportant avec elle tout l’espoir et lu joie et la fortune des Sforza. Puis il revint à Mantoue, se mettre au service de son seigneur naturel, le marquis Gonzague, qui l’occupa à la guerre. Car Balthazar était homme d’épée comme tous ceux de sa lignée, et il avait appris les armes avec le meilleur maître du temps, Pietro Monte, en même temps que le grec avec le meilleur helléniste, Chalcondylas. Longtemps il tint la campagne, dans le Napolitain, avec les Français, contre Gonzalve de Cordoue, C’est la partie la plus belliqueuse de sa vie.

Mais un beau jour, le marquis Gonzague le cède, en bonne et due forme, à son beau-frère le duc d’Urbino, Guidobaldo, qui fait de lui un diplomate. Il part pour Londres, en ambassade auprès de Henri VII, dont il cherche à gagner le cœur avec des chevaux barbes à Mantoue et un tableau de Raphaël. Guidobaldo mort, il reste au service de son successeur, Francesco Maria della Rovere, le neveu du pape Jules II, et le voilà, de nouveau, homme de guerre, servant dans l’armée papale, piétinant dans les tranchées devant Mirandola. Léon X ayant remplacé Jules II sur le trône pontifical, il se remet à négocier pour conserver à son duc les bonnes grâces du nouveau pape, quitte sa cuirasse et redevient l’humaniste ou l’artiste qui plait aux Médicis.

Il ne leur plait pas tant, cependant, qu’il puisse les empêcher