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Page:Revue des Deux Mondes - 1912 - tome 12.djvu/111

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Cozenza, sa monture, au passage d’un fleuve à gué, « la secoua si fort, dit un chroniqueur, qu’elle trébucha, chut à terre et se rompit toute. » Elle mourut quelques jours après. L’équitation des femmes était assez variée : rarement elles montaient avec la jambe droite pliée sur le devant ou passée par-dessus l’arçon ; parfois assises de côté sur la sambue, — selle féminine, — elles allaient les jambes pendantes du côté droit ou gauche, suivant que le vent soufflait, en tenant indifféremment les rênes de l’une ou de l’autre main. Le plus souvent elles chevauchaient à califourchon, vêtues d’amazones fort différentes de la jupe à laquelle nous donnons aujourd’hui ce nom. Les dames de la Cour, sous Louis XV, trouvaient ce costume si agréable qu’elles gardaient parfois le soir, pour danser, celui avec lequel elles avaient couru le lièvre dans l’après-midi ; c’est aussi en amazone que, dans le roman de Louvet, Faublas (1788), déguisé en femme, se rend- au bal.

A la ville, les femmes de qualité montaient en croupe derrière leurs écuyers, comme les riches bourgeoises derrière leur domestique. Mesdames de Thou et de Verdun, premières présidentes du Parlement, allaient ainsi derrière le clerc de leur mari. La Reine, outre sa litière et sa haquenée, avait son « cheval de croupe, » dont elle usait pour de courts trajets. Aussi voit-on souvent, dans les inventaires mobiliers de cette époque, des couvertures en velours cramoisi doublé de cuir « pour chevaucher derrière. » Olivier de La Marche, chargé par Charles le Téméraire (1470) d’enlever le duc de Savoie et sa famille, fait très civilement monter la duchesse en croupe : « Je portais, dit-il, Mme de Savoie derrière moi ; ses deux filles et deux ou trois de ses demoiselles la suivirent. » Pour rentrer chez eux, au sortir du Louvre, les seigneurs du XVIe siècle montaient un cheval à deux, comme aujourd’hui on se serre à trois dans un fiacre à deux places.

Pour le voyage, une espèce fort appréciée était celle des « ambulans, » chevaux qui allaient l’amble, parce que cette allure, où l’animal avance à la fois les deux jambes d’un même côté, permettait de chevaucher avec moins de fatigue. L’amble obtenu par dressage ne valait pas l’amble naturel, celui des guilledins d’Angleterre, capables de courir ainsi toute une journée sans trotter et si vite qu’à peine pouvait-on les suivre au galop. Les gens d’épée, qui eussent trouvé avilissant d’enfourcher la