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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/98

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coup des félicitations chaleureuses à son adresse. On a dû parler de l’Œuvre des gares ce jour-là dans le train d’Amiens.

« Le nombre des interventions de cette sorte s’est élevé, pour l’exercice 1908, à 2 801. « Il faut souvent menacer du commissaire de police pour faire lâcher prise au racoleur ou à la racoleuse. Notre agente a dû user de très grande fermeté pour arracher une jeune arrivante de Concarneau à une femme de mauvaise vie « qui voulait absolument, dit le rapport, prendre cette jeune fille que j’ai gardée malgré tout. Ce même jour, continue notre agente, Marie D…, âgée de quinze ans, a été poursuivie par un homme de mauvais aspect qui ne me l’a laissée que sous menace du commissaire de police. Quelquefois il faut aller disputer les jeunes arrivantes jusqu’à l’hôtel où les a entraînées l’infect individu. L’agente fait alors montre d’un réel courage. Ainsi, le mois dernier, une de nos représentants a suivi, jusqu’à un hôtel voisin de la gare, une jeune fille qui ne pouvait s’exprimer qu’en allemand et qui n’arrivait pas à se débarrasser d’un racoleur. Retirée de ses grilles, elle s’est mise à fondre en larmes et elle a remis une petite somme pour l’œuvre. »

La statistique jointe au rapport dit que, du 1er mars 1909 au 28 février 1910, c’est-à-dire pendant le cours du dernier exercice, 9 398 jeunes voyageuses ont été ainsi assistées. Parmi elles, 900 environ avaient été hospitalisées, 82 avaient été arrachées à des personnages suspects.

Tout cela, à peine connu jusqu’à présent, commence à porter des fruits. Les administrations de chemins de fer rendent pleine justice au tact comme au dévouement des agentes. Elles ont, m’a-t-on affirmé, reconnu que leur présence dans les gares en a chassé certaines mauvaises figures. Les agens à tous les degrés leur prêtent spontanément leur concours, et il n’est pas rare de voir quelque modeste employé leur amener de lui-même une voyageuse qu’il a jugée en danger.

Le peuple commence à les connaître et les respecte. Voici à cet égard un fait touchant. Un cocher est arrêté par une jeune voyageuse à l’arrivée du train. Elle lui tend une adresse. Il l’y conduit. Mais arrivé à destination, la maison lui parait suspecte. Il se renseigne. C’est un lieu de débauche. Il avertit la jeune fille, la reconduit à la gare et la met dans les mains d’une agente, sans même vouloir dire son nom.