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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/963

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arrivée la Gazette de l’Allemagne du Nord après plusieurs jours de réflexion. « D’après le texte du traité livré à la publicité, dit-elle, il convient de voir un nouveau gage pour le maintien de la paix en Extrême-Orient. Les États qui poursuivent dans ces régions simplement une politique d’affaires ne peuvent que saluer avec satisfaction un pareil événement. » Voilà, cette fois, le langage du bon sens. Il est vrai que la Gazette de l’Allemagne du Nord ajoute que « la satisfaction de l’Allemagne aurait été plus complète si, avant la publication du traité, les journaux russes et français n’avaient émis l’idée que la politique russe, dans le Levant, allait prendre une tournure hostile à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. » Les journaux français et russes ont-ils donc parlé d’hostilité contre l’Allemagne et l’Autriche ? Sincèrement, nous n’en croyons rien. Si, toutefois, ils l’ont fait, c’est le cas de dire : Pardonnons-nous nos péchés les uns aux autres ! Mais est-ce nous qui avons commis les plus gros ?


La place nous manque pour traiter aujourd’hui comme il conviendrait des affaires espagnoles. Elles se sont singulièrement compliquées depuis notre dernière chronique, et il y aurait plus que de la hardiesse à dire comment elles évolueront.

Les négociations entre le gouvernement de Madrid et la Curie romaine sont-elles rompues, ou seulement interrompues ? On ne saurait le dire exactement. M. de Ojeda, ambassadeur d’Espagne auprès du Vatican, a été appelé pour recevoir des instructions et non pas rappelé ; un chargé d’affaires le remplace ; mais personne ne s’illusionne sur la gravité de l’incident, et le lien qui unit encore Madrid et Rome est assurément bien ténu. Nous avons dit que M. Canalejas conduisait les négociations comme un homme qui ne répugnait pas à une rupture, avec l’espoir secret qu’elle viendrait de Rome ; mais il est Lien possible qu’à Rome on les ait conduites avec des intentions dilatoires et seulement pour gagner du temps jusqu’à la chute de M. Canalejas. Finalement, la Curie romaine a notifié qu’elle ne croyait pas pouvoir les poursuivre si le Ministère espagnol ne retirait pas le projet de loi, dit du cadenas, qui interdit toute création de congrégation nouvelle jusqu’au moment où on se serait mis d’accord, et M. Canalejas a profité de cette sorte d’ultimatum pour déclarer qu’il ne céderait pas. Il semble bien qu’on espérait à Rome une dislocation du Cabinet de Madrid, et un ébranlement dans la majorité composite qui le soutient ; mais le Cabinet est resté solidaire ; ses membres les plus modérés ont fait cause commune avec leurs collègues ; et, jus-