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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/958

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Depuis trois ans, en effet, les gouvernemens japonais et russe sont entrés résolument dans la voie pacifique. Faut-il signaler les étapes qu’ils y ont parcourues ? Le traité de Portsmouth avait laissé à des conventions futures le soin de régler certaines questions qui, toutes secondaires qu’elles fussent, auraient fort bien pu remettre le feu aux poudres, si on n’y avait veillé. Il s’agissait de l’exploitation des chemins de fer de l’Est chinois et du Sud mandchourien, des pêcheries, de certains droits et privilèges que revendiquaient les deux pays et qui ne pouvaient leur être reconnus que par un traité de commerce et de navigation. La diplomatie avait une œuvre immense et, au début surtout, fort délicate à accomplir au milieu de la fermentation des esprits. On ne s’est pas pressé ; chaque chose a été faite en son temps. Aux mois de juin et de juillet 1907, ont été signées trois conventions se rapportant aux questions susmentionnées. Enfin, le 30 juillet de la même année, MM. Isvolski et Motono, les signataires mêmes de l’arrangement d’hier, ont pu en signer un premier qui en posait déjà les principes. L’arrangement du 30 juillet 1907 avait pour objet de « fortifier les relations pacifiques, amicales et de bon voisinage heureusement rétablies entre la Russie et le Japon, et d’écarter la possibilité de malentendus futurs entre les deux empires. » En vue de quoi ils s’engageaient « à respecter tous les droits résultant pour l’un ou l’autre des traités en ligueur, accords ou conventions appliqués à présent entre les hautes parties contractantes et la Chine. » On voit que l’accord du 30 juillet 1907 devait, si ses signataires restaient fidèles à leur politique, conduire naturellement à celui du 4 juillet 1910.

Nous avons fait allusion plus haut aux circonstances particulières qui avaient peut-être hâté le dénouement. Il suffisait à la Russie et au Japon d’avoir l’oreille un peu fine et attentive, — et ils l’ont assurément, — pour être frappés des affirmations réitérées dont nous avons parlé, qui les présentaient toujours comme à la veille d’une rupture inévitable. À entendre presque quotidiennement ces prédictions sinistres, ils devaient se demander quel intérêt on avait à les faire. Pourquoi voulait-on absolument qu’ils se brouillassent de nouveau ? Ils n’en avaient nul désir ; mais, s’ils l’avaient eu, l’insistance avec laquelle on les y poussait leur aurait donné à réfléchir. C’est alors que, il y a quelques mois, est venue d’Amérique une proposition qui n’a incontestablement pas été, de la part du gouvernement de Washington, un acte d’habileté : elle consistait dans l’internationalisation des chemins de fer de Mandchourie. Comment