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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/941

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temps nouveaux, héraut de l’humanité future. « O Guérin, le jour viendra sans doute où tu cesseras d’être l’adorateur solitaire des puissances merveilleuses qui vont se fondre dans le Pan immense. Les hommes, las des déformations multiples, les unes inutiles, les autres sacrilèges, qu’ils infligent à la Nature, se tourneront à ta suite vers « la grande Déesse, vers la Galatée immortelle, sur son piédestal gigantesque ; » ce jour-là, ils salueront en toi le prophète, le précurseur, presque le martyr d’une foi sublime et méconnue, et ton nom sera béni par la foule qui l’ignore encore ! » C’est possible, mais je ne comprends pas très bien. Il y a du brouillamini là-dedans… Au surplus, voilà passé le fracas du centenaire. C’était sans doute une crise à traverser. Nous allons pouvoir revenir à l’expression plus calme d’une tendresse plus discrète et plus sentie. Reprenons l’intime causerie à demi-voix avec le doux rêveur ; écoutons-le se plaindre et plaindre avec lui tous ceux qui ont connu la même détresse. Ne faisons pas de lui le grand homme qu’il n’eut jamais l’ambition de devenir. Nous avons de grands hommes plus qu’il ne nous enfant. Mais celui-là fut un être charmant, et ils sont rares. Que l’édition de son œuvre reste inachevée et éparse comme cette œuvre elle-même ! Qu’on y laisse de l’incertitude dans les dates et du vague dans les attributions ! La souffrance qui s’y exprime nous semblera plus voisine de la nôtre et nous en sera plus chère. Honorons ce modeste avec modestie ! N’effrayons pas son ombre avec notre bruit ! Ce n’est pas ici un monument autour duquel on convie la foule pour la haranguer : c’est une tombe où l’on vient s’agenouiller dans le silence et dans la solitude.


RENE DOUMIC.