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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/94

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Tour ce qui touche l’action gouvernementale, rappelons d’abord que c’est la France qui a eu le mérite d’appeler l’attention des puissances sur la nécessité d’un accord entre elles, et de les convoquer à la Conférence de 1902 ; c’est elle encore qui, la première, a apporté à sa loi pénale les modifications réclamées par cette dernière. Ajoutons qu’elle a, des premières aussi, institué l’office central prescrit par le projet d’arrangement, que cet office fonctionne activement et qu’il a, sur les renseignemens déjà recueillis, constitué plusieurs centaines de dossiers.

L’action répressive n’a pas été moins féconde. La police, d’abord incrédule, s’est depuis plusieurs années déjà mise résolument à la recherche des coupables. Il ne se passe guère de semaine aujourd’hui que la Presse n’enregistre à Paris ou ailleurs quelque arrestation. La magistrature se montre, de son côté, fort sévère. Des peines de deux et trois ans d’emprisonnement sont fréquemment prononcées. Si le condamné est étranger, il est, en outre, signalé à l’administration et son expulsion suit l’exécution de la peine.

On conteste parfois la réalité de ces faits et nous avons eu récemment l’affliction de voir un de nos amis d’Angleterre se faire, dans un journal parisien, l’écho de ces doutes. Il faut donc donner des chiffres. L’Allemagne, qui, de tous les pays contractans, est celui où la recherche des faits de traite est poursuivie avec le plus de vigilance et de rigueur, annonçait en janvier 1908, 28 condamnations en deux ans. Dans un rapport plus récent ; elle portait pour 1909 ce chiffre à 32. Voici la situation pour la France : En 1909, 93 affaires comprenant 146 inculpés, 125 condamnés. Qu’ajouter à ces chiffres ?

Les efforts faits par l’initiative individuelle ne sont pas moindres. Ils ont rencontré d’abord une certaine indifférence. Comment croire, en France, à la réalité des faits signalés ? L’Association pour la répression de la Traite des Blanches, fondée en 1906 avec le concours de membres de l’Institut, du Parlement et de la magistrature, recrutait avec peine huit délégués pour se rendre l’année suivante au congrès de Londres. Peu à peu les adhésions arrivaient. Elle prenait une part active aux divers conférences ou congrès réunis par l’initiative privée dans divers pays, et lorsqu’en 1902 le gouvernement français, cédant à ses instances, réunissait la conférence diplomatique, objet de cette étude, son autorité était devenue telle qu’elle avait la satisfaction