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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/926

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inséparables de leur prison et où l’humanité commandera de tenter en toute hâte le renflouement. Celui-ci par ailleurs s’imposerait toujours si l’on veut retirer le matériel, ou savoir, par des constatations précises, comment et pourquoi l’accident s’est produit.

Le renflouement, on l’a vu, n’est pas chose facile. Cela dépend surtout de la profondeur. Une coque sous-marine s’écraserait sous la pression de l’eau, si elle tombait assez bas. Mais on la construit pour résister sûrement à 45 ou 50 mètres. Puis on la soumet à des essais. Chez nous, on n’a pas osé, dans ces expériences, faire descendre les sous-marins, avec leur équipage, au-dessous d’une vingtaine de mètres. Et seuls ceux du type Naïade ont pu, vu leur faible poids, être suspendus au-dessous d’un dock et immergés à 40 mètres, mais sans personnel à bord. Les hasards de la navigation et l’audace des premiers commandans suppléèrent aux essais officiels. En 1903, l’Algérien, se voyant sur la route du croiseur Kléber, voulut plonger à 20 mètres. Pendant qu’il prenait une pointe rapide, il reçut à l’arrière de son kiosque un coup d’aile d’hélice qui ne lui fit d’autre mal que de l’envoyer à 30 mètres. La même année, la Sirène, l’Espadon et le Triton, en étudiant l’équilibre en plongée à profondeur fixe, s’abaissèrent de mètre en mètre jusqu’à 40, sans constater la moindre déformation. En 1904 enfin, l’Aigrette, par suite d’une rentrée d’eau inopinée, coula rapidement et ne put s’arrêter qu’à 48 mètres. A l’étranger, on n’a pas hésité à pousser plus loin. Lors de l’étude comparative des types Lake et Holland, par exemple, un de ces derniers est allé jusqu’à 60 mètres avec son équipage au complet sans aucun incident. D’après M. Laubœuf, son nouveau submersible est calculé pour résister sans déformation à la pression d’au moins 45 mètres d’eau pour la coque extérieure et de plus de 100 mètres pour la coque intérieure, celle qui renferme les hommes.

Ce n’est pas à dire qu’on irait les chercher par 100 mètres de fond. D’abord, parce qu’il n’y aurait aucun espoir de les retrouver en vie. Car la résistance de la coque n’est pas seule en question. Puisqu’il y a avarie, et envahissement partiel, une partie de l’intérieur est en communication avec la mer et en subit la pression. La résistance à considérer est donc avant tout celle des cloisons. Or aucune cloison ne résisterait à la poussée de 100 mètres d’eau, ni peut-être de 50.