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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/92

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d’Anglaises, surtout de Françaises. Des bureaux de placement de Paris y ont longtemps envoyé un grand nombre de jeunes filles, avec l’appât de prétendus contrats d’engagemens avantageux, comme bonnes d’enfant, institutrices ou demoiselles de compagnie dans des familles, souvent imaginaires. La police à laquelle elles devaient s’adresser pour la délivrance du passeport encore exigé pour passer la frontière russe, ne leur ménageait pas les avertissemens. La séduction des promesses faites était la plus forte. Combien ont succombé, dont on a appris longtemps après la misère et la chute !

Le Transvaal a été pendant la durée de la guerre avec l’Angleterre le champ le plus fructueux d’exploitation. Il fallait pourvoir aux passions de toute une armée. Pendant longtemps, un envoi de filles ou femmes, embauchées le plus souvent comme artistes ou servantes de cafés-concerts, partait du Havre chaque semaine.

Voilà pour l’importance du trafic.

Quant à ses moyens d’action, ils sont partout les mêmes. Le trafiquant fréquente les promenades, les bals publics, les fêtes foraines, partout où quelque attrait de plaisir attire le gibier qu’il cherche. L’entrée en matière est facile, et, le premier lien formé, la porte est ouverte à ses entreprises. Il ne néglige ni le voisinage des agences de placement, ni les arrivées de paquebots, ni surtout les gares de chemin de fer. C’est même sur ce dernier point que la chasse est le plus productive. La malheureuse sortant découragée du bureau où elle n’a pas trouvé l’emploi rêvé, celle qui a quitté sa famille ou sa place par coup de tête et arrive à la ville sans appui, sans argent, avec la sotte confiance que le travail y abonde et se présente sans recherche, sont une proie facile. Un mot de pitié, une offre banale de service ouvrent son cœur à la confiance. On la mène au café, on lui fait entrevoir, si elle veut s’expatrier, de gros gains pour peu de travail. Le reste est pure question d’adresse et de temps. Une fois décidée, la malheureuse est perdue.

Le trafiquant est souvent un homme jeune, gai, élégant. Il ne néglige pas, s’il le faut, d’exercer ses séductions personnelles et de travailler d’abord pour lui-même. La traite commence souvent ainsi par une intrigue amoureuse. La victime n’en est pas moins digne de pitié. Car telle fille cède à un entraînement de cœur, que la perspective de se prostituer eût jetée dans le plus sincère effroi. S’il faut pour aboutir employer les grands