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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/850

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Et du reste, il y a d’autres raisons impérieuses pour ne point entraver notre liberté d’action : « Si l’unité de l’Afrique du Sud se fait loyalement ; si aucune race n’est placée dans une situation privilégiée ; si le pays est ouvert aux travailleurs du monde entier, il se peut que, dans une génération, notre population soit tellement accrue que cette question du Nord devienne pour nous la plus brûlante de toutes [1]. »

Dans ces conditions, « si la Belgique échoue dans sa tâche, pourquoi, sans nécessité, l’Angleterre imposerait-elle à la nation sud-africaine, qui se constitue à l’heure actuelle, l’obligation de préserver sa voisine des conséquences naturelles de son échec [2] ? »

On le voit les « Afrikanders » ne cherchent nullement à dissimuler leur pensée : l’Angleterre ne doit point garantir l’intégrité d’un territoire dont un jour nous aurions besoin. Si par une reconnaissance officielle, elle s’obligeait à respecter la colonie belge, ce serait un grief sérieux, ineffaçable peut-être, contre la métropole.

La Grande-Bretagne osera-t-elle négliger ces avertissemens ? le voudra-t-elle ? L’avenir du Congo belge dépend en partie de la réponse qui sera faite à cette question.


IV. — CONCLUSION

« La Belgique a toujours tenu ses promesses, et quand elle prend l’engagement d’appliquer au Congo un programme digne d’elle, nul n’a le droit de douter de sa parole. »

Cette affirmation solennelle que le roi Albert Ier émettait au moment de monter sur le trône en la soulignant d’un geste énergique, pourra servir de conclusion à cette étude. Quelques mots suffiront à en dégager la portée.

Nous avons étudié le Congo belge tout à la fois dans le présent et le passé. Dans le passé, nous avons vu, sur le terrain économique, un pays que les jurisconsultes proclamaient accessible à tous, alors que, en fait, à l’abri de son domaine, privé de numéraire, il était plus fermé que la Chine derrière ses murailles. Aujourd’hui la porte mystérieuse s’ouvre ; elle est ouverte.

  1. « It may be that within even a génération, we shall so largely increase our population that this northern question will be the most burning question we have. »
  2. Transvaal Leader, 12 décembre 1908.