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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/840

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une partie de l’Afrique orientale anglaise et le vaste territoire de la Rhodésie, dont on ne peut citer le nom sans rendre hommage à l’œuvre qu’y a accomplie un grand homme d’Etat aujourd’hui disparu : M. Cecil Rhodes, » (Applaudissemens prolongés.) Mais avant de s’arrêter à ces perspectives lointaines, une première œuvre est nécessaire, urgente : assurer l’Union des possessions britanniques de l’Afrique du Sud. La vue de ce qu’ont réalisé leurs voisins doit être un aiguillon pour les Afrikanders. « Jetons les yeux sur la carte de cet immense territoire de l’Etat du Congo ; nous y verrons un pays aux richesses minières fabuleuses, propre à la culture de tous les produits tropicaux, et nous nous rendrons compte du rôle que ce pays est susceptible de remplir dans l’avenir. »

Sans doute, chacun souhaite aux Belges de réussir dans leur aventure coloniale, mais « supposons un instant que par suite d’un fait accidentel quelconque, ils doivent se défaire de leur grande colonie… » En Angleterre même, des hommes d’Etat ont jadis prôné l’abandon des colonies ; il peut en être de même en Belgique et en dehors de cette hypothèse, « peut-être pourrait-on ajouter que l’histoire nous offre certains autres cas où des Etats ont perdu leur territoire. (Hilarité.) Supposons donc cet immense territoire passé dans les mains d’autres propriétaires et rendons-nous compte de l’énorme changement qui s’opérerait par-là, dans la balance des forces en Afrique… »

Et s’excusant de la longueur de son discours, M. Lionel Phillips ajoutait « qu’il n’avait esquissé ces grands traits sur l’immense champ du monde, que pour appuyer plus fortement sur l’étendue possible de l’Afrique du Sud. »


Ce discours, par la personnalité de l’orateur aussi bien que par la hardiesse des vues exprimées, était appelé à avoir un grand retentissement en Afrique et nous le constaterons bientôt, en Europe. Les idées qu’il expose sont intéressantes surtout parce qu’elles reflètent un état d’esprit presque général dans l’Afrique du Sud. Les milieux commerciaux, industriels, ouvriers même, ont les yeux fixés vers ce Katanga dont chacun parle et qui leur assurerait, croient-ils, tout à la fois un débouché naturel, des richesses immenses, des salaires élevés en leur ouvrant du même coup la voie tout indiquée du chemin de fer du Cap au Caire. Chose singulière, cette hostilité à l’égard