Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/84

Cette page n’a pas encore été corrigée


informée que toute autre par ses relations étendues, non seulement avec toutes les parties de l’immense Empire britannique, mais avec l’étranger ; convaincue que les faits déjà recueillis par elle devaient s’étendre à d’autres pays, elle décidait d’entreprendre une enquête privée par toute l’Europe.

Un des hommes les mieux qualifiés par sa remarquable sagacité, l’entraînement de sa parole et son indomptable énergie pour accomplir cette mission, son honorable secrétaire, M. William Alexander Coote, peu connu alors, célèbre aujourd’hui parcourait en son nom les principaux États du Continent, se mettant en rapport avec les représentans les plus influens de la charité, de la politique, du clergé, de la presse, sollicitant les gouvernemens, s’adressant particulièrement à la sensibilité féminine, allant jusqu’aux souverains eux-mêmes. Réunissant tout ce monde, déjà à peu près entraîné, sous le feu de sa chaude parole, il l’amenait à partager sa conviction qu’une entente entre nations pourrait seule avoir raison du mal.

De là est né le Congrès international réuni à Londres en 1897, congrès privé en ce que sa convocation émanait d’une association libre, en réalité, à peu près officiel par le grand nombre des personnages publics, des délégués même des gouvernemens venus des points les plus divers pour y prendre part, et des hautes personnalités anglaises appelées successivement à le présider. La France y était représentée par huit délégués. Parmi eux des membres du Parlement et de l’Institut.

Chaque pays y apporta ses preuves. Aucun doute ne s’y produisit sur la réalité des faits. Il fut unanimement reconnu que, favorisée par l’impunité malheureusement certaine dont nous dirons plus loin les causes, une formidable organisation, embrassant presque tous les pays, s’était peu à peu substituée au proxénétisme isolé, seul prévu et réprimé par les lois pénales.

Un grand nombre de femmes ou filles, le plus souvent mineures, étaient embauchées dans un pays, sous promesse d’emplois lucratifs à l’étranger, enlevées à leur famille, transportées au loin, séparées de toute communication, livrées à d’infâmes complices et bientôt contraintes par l’impossibilité de faire entendre leurs plaintes, souvent par les privations, les menaces et les coups, à subir les pires dégradations.

Nous en donnerons plus loin des exemples. C’était particulièrement sur l’Europe que s’étendait l’habile réseau de