Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/83

Cette page n’a pas encore été corrigée


Il convient, pour bien saisir l’importance et la portée de ces deux accords, de rappeler les circonstances d’où ils sont nés.


I. — TRAITE DES BLANCHES

Le mot de Traite des Blanches est peut-être impropre, car il ne s’agit pas, dans la lutte engagée, du sauvetage exclusif des femmes blanches, et celles de toute autre couleur, les noires comme les autres, ont droit à la même protection, mais il est clairement expressif. On appelle ainsi le trafic infâme qui arrache une fille ou une femme à sa famille, et le plus souvent à son pays, pour la livrer à la prostitution.

Certes, le proxénétisme a existé de tout temps. La vieille Egypte aussi bien que l’ancienne Rome et la Grèce l’ont connu.

Il est inhérent à la corruption des mœurs et, dans les civilisations anciennes comme dans les modernes, il y a toujours eu des intermédiaires pour procurer la femme à prix d’argent, comme des libertins pour la payer. Il était du moins local, par conséquent borné ; les législations relativement modernes la classaient, particulièrement quand la victime est mineure, parmi les faits justiciables de la loi pénale ; c’était alors la seule mesure à prendre contre ses excès.

On vivait encore, il y a peu d’années, dans cette croyance. Des inquiétudes commençaient cependant à se faire jour. Les associations protectrices de la femme concevaient des alarmes. Des jeunes filles disparaissaient, quittant furtivement leur famille. Nulle recherche ne retrouvait leur trace. Tout portait à croire qu’elles étaient parties pour quelque autre pays. Elles n’avaient pu s’y rendre seules. D’autres, cédant au mirage de promesses alléchantes, allaient à l’étranger avec le consentement de leurs parens sur la foi de vagues contrats, et malgré leur engagement de donner, aussitôt arrivées, de leurs nouvelles, on n’entendait plus parler d’elles. Bientôt venaient de certains pays du Nord les bruits les plus douloureux. Les disparues, victimes d’ignobles traitans, avaient été livrées à la prostitution.

Il appartenait à l’Angleterre, si justement fière d’avoir, il y a un siècle, dénoncé et vaincu la Traite des Noirs, de découvrir la première ce nouveau fléau et de le révéler au monde.

Une de ses sociétés charitables les plus considérables, The National vigilance Association, s’en donnait la tâche. Mieux