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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/720

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au parquet, soit à l’instruction, de n’avoir pas fait une enquête sur ces personnages avant de donner suite à leur plainte. La police et le parquet ont prétendu, celui-ci que c’était celle-là, celle-là que c’était celui-ci qui aurait dû procéder à cette enquête préalable. Cette hâte à rejeter de l’un sur l’autre la responsabilité d’une négligence a quelque chose d’un peu pénible. Mais est-il vrai qu’aucune enquête n’ait été faite ? « Le parquet général, a dit M. Briand, fit connaître au magistrat instructeur qu’il avait recueilli sur la personne de Pichereau des renseignemens qu’il importait de vérifier à Corbeil, résidence du plaignant. Tout de suite l’instruction porta sur ce point, et elle aboutit à constater la fragilité du plaignant Pichereau… Mais quand même on eût démontré au magistrat instructeur que la plainte avait été établie dans les conditions que M. Jaurès a indiquées, qu’elle avait été sciemment « truquée, » il n’aurait pas arrêté son instruction, car l’étude du dossier, l’examen de la comptabilité, les témoignages recueillis lui avaient démontré, — je parle, bien entendu, en me plaçant dans la personne du juge, — la culpabilité du financier Rochette ; et, quelle que fût l’origine de la procédure, le délit étant constaté, il devait être poursuivi. Voilà les faits. »

Dans toute cette discussion, M. le président du Conseil a parlé comme il devait le faire au nom du gouvernement, — sauf toutefois à la fin. Après avoir dit qu’il n’avait aucune confiance dans une enquête parlementaire et que les enquêtes de ce genre n’avaient généralement abouti à rien de bon, il ne s’est pourtant pas opposé à ce qu’on en nommât une de plus, à la condition qu’elle n’aurait pas de pouvoirs judiciaires. La Chambre, aussitôt, s’est portée de ce côté. Elle voulait affirmer sa vertu, comme M. Jaurès avait affirmé la sienne. Nous l’avons dit, elle a commencé par un vote de confiance dans le gouvernement, puis elle a voté l’enquête, c’est-à-dire le contraire de ce que le gouvernement lui avait conseillé, mollement il est vrai, et sinon avec une conviction, au moins avec une résolution insuffisante. La majorité a été de 395 voix dans le premier scrutin et de 379 dans le second. La commission d’enquête a été aussitôt élue dans les bureaux : tous les interpellateurs en font partie, et, par une nouvelle entorse à la logique et même au bon sens, elle s’est empressée de nommer M. Jaurès son président. Elle a pensé sans doute que c’était le meilleur moyen de faire la lumière et que, si on n’y réussissait pas, M. Jaurès du moins ne pourrait plus se plaindre. Nous ne la félicitons pas de ce scrupule.

Est-il besoin de dire qu’il est contraire à tous les principes et même