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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/708

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dans les évêchés allemands, l’esprit et les ordres d’un pontife ennemi de l’Allemagne. Ces hommes, c’étaient les Jésuites. Il avait, d’ailleurs, au cours des perquisitions de février, cru trouver des preuves de leur sympathie pour le polonisme, et, de nouveau, cet argument national pourrait être brandi.

Il y avait en Allemagne, d’après leur catalogue de 1871, 211 Pères. Le zèle d’infirmiers dont ils avaient fait preuve durant la guerre franco-allemande n’était contesté par personne ; mais trois discours de Bluntschli, prononcés au Congrès protestant libéral de Darmstadt et dans des réunions publiques, et propagés par la maçonnerie, avaient, au nom de l’Allemagne, au nom de la civilisation, dénoncé les tendances jésuitiques ; et le Congrès vieux-catholique de Munich avait exprimé cette conviction qu’on ne pouvait « obtenir la paix si l’on ne mettait fin à l’activité néfaste de cette Société, » responsable pour les troubles de l’époque, responsable, aussi, pour les tendances antinationales.

La peinture intervenait elle-même, aux dépens de la vérité historique : un tableau de Kaulbach, exposé à Leipzig, sur lequel était représenté Pierre Arbuès, s’intitulait : Arbuès, grand inquisiteur des Jésuites. Evêques, prêtres, catholiques laïques, s’insurgeaient contre cette mobilisation de haines et d’inexactitudes ; ils rappelaient ce qu’étaient les Jésuites comme missionnaires, et quels témoignages leur avaient rendus en 1849 les préfets, et combien était dévouée leur action sur les ouvriers.

La question des Jésuites intéressait le droit d’association : l’on considérait qu’à ce titre elle relevait du Reichstag. La Commission tout d’abord fut gênée : on se demandait si la nécessité de les expulser était assez comprise du peuple pour qu’on pût faire, brusquement, une loi d’ostracisme. Gneist fut rapporteur : quand il s’agissait d’ordres religieux, les nationaux-libéraux, de vieille date, avaient confiance en lui. Il souhaita, dans son rapport, que le Conseil fédéral élaborât « certains principes sur les ordres, et sur les atteintes portées par le pouvoir spirituel aux droits civiques, » et que le Reichstag votât, tout de suite, des pénalités contre tous Jésuites ou congréganistes affiliés qui continuaient de mener la vie commune dans des résidences sans y être autorisés par les législatures des Etats.

Les 15 et 16 mai, le Reichstag discuta. « Il faut légiférer contre les Jésuites, exposait longuement le publiciste Wagener, afin d’assurer l’indépendance des évêques à l’endroit de Rome, »