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Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/695

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laisserait toute liberté pour répondre. Windthorst, très calme, releva tout ce qu’il y avait d’atrabilaire et d’assez inaccoutumé dans les « calomnies » du chancelier, et quant à l’invitation dont il était l’objet, il ne la repoussait pas. « Que M de Bismarck fasse un premier pas dans la voie de la réconciliation en retirant sa loi, et je déclare que je disparais immédiatement. »

L’effort même qu’avait tenté Bismarck pour distendre les liens entre le Contre et Windthorst ne pouvait aboutir qu’à les resserrer. Bismarck, avec une sorte de maladresse rageuse, avait grandi Windthorst ; et le lendemain, Mallinckrodt riposta : « Le Centre n’a point de chef à proprement parler ; il possède un bureau seulement, composé de huit membres, et l’un de ces membres est le député de Meppen. Nous sommes fiers de posséder parmi nous un collègue aussi éminent. Meppen nous a envoyé, dans la personne de notre ami, une perle que nous avons enchâssée de notre mieux, et dont nous ne consentirons jamais à nous priver. » — « Pour moi, répliqua Bismarck, la valeur d’une perle dépend beaucoup de sa couleur, et je suis là-dessus assez difficile à contenter. » On l’entendit insister encore sur le manque de patriotisme du clergé allemand : « Ce clergé, proclama-t-il, a plus à cœur l’Eglise catholique que, le développement de l’Empire allemand, lors même que cette Eglise fait opposition à l’Allemagne, sur la base d’une nationalité étrangère. » Pressé par Reichensperger, il ajoutait que « les ecclésiastiques allemands animés du sentiment national étaient forcés de se taire, de crainte des censures et des excommunications. » Ainsi semblaient s’esquisser, dans la pensée de Bismarck, les premiers considérans d’un procès de haute trahison, où comparaîtrait, comme accusé, le clergé romain de l’Allemagne, et, peu de jours après, une dépêche de Gontaut notait que les ecclésiastiques étaient insultés dans les rues de Berlin.

L’Etat seul préoccupait le chancelier : la défense de l’Etat, l’intérêt de l’Etat, revenaient sans cesse sur ses lèvres. Non pas l’Etat jacobin, dépositaire de principes philosophiques, mais l’Etat national, mais l’Empire. Mallinckrodt lui rappelait ses anciennes professions de foi chrétiennes de 1848 ; il répliquait que cette foi chrétienne était toujours la sienne, et que c’est elle qui lui commandait toujours d’affirmer les bases de l’Etat, de quelque côté qu’elles fussent menacées. En quoi d’ailleurs il était très sincère : lorsqu’il servait l’Etat, même contre les