Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1910 - tome 58.djvu/685

Cette page n’a pas encore été corrigée


Bismarck, lui, fit le procès du Centre, de cette fraction qui avait mobilisé contre l’Etat, qui, sur un simple mot d’ordre, faisait élire des chapelains opposans contre de grands seigneurs ministériels, et dont le chef, Windthorst, Hanovrien fidèle, était entré à regret et malgré lui dans l’État prussien. Il vanta sa longue patience, rappela l’espoir qu’il avait eu, en rentrant de France, de pouvoir vivre en paix avec l’Eglise tout en gardant le contact nécessaire avec l’ensemble du pays ; il énuméra ses déceptions, dénonça l’alliance de la Germania, feuille officielle du Centre, avec la presse gallophile, anti-allemande, avec l’ancienne presse de la Confédération du Rhin, avec les journalistes ultra-montains de Genève, qui détestaient la Prusse. Que le Centre eût avec lui la majorité des catholiques, Bismarck d’ailleurs voulait le contester encore. D’une fraction confessionnelle, le ministre n’en voulait point ; car ce serait porter la théologie dans les assemblées politiques. On l’interpellait sur la « division catholique ; » il avait supprimé ces bureaucrates parce qu’ils représentaient exclusivement les droits de l’Eglise à l’intérieur de l’Etat et contre l’Etat. Mieux valait que pour avocat l’Eglise eût un nonce ; car, vis-à-vis de lui, l’État serait plus circonspect qu’il ne l’était vis-à-vis de ses propres fonctionnaires, et puis le nonce transmettrait directement au Pape ses impressions réelles, sans réfraction qui les faussât. Et Bismarck, expert aux phrases vagues qui laissaient des fenêtres ouvertes sur l’avenir, esquissait en passant cette négligente avance : « Que nous ne finissions pas par recourir à l’établissement d’une nonciature, c’est une question que je laisse au développement historique, dès qu’il aura trouvé des voies pacifiques. » Le propos était assez net pour que Rome pût comprendre, assez fugitif pour que les nationaux-libéraux ne s’y arrêtassent point. Bismarck était bien aise aussi de faire savoir au Saint-Siège que son intention n’était pas de poursuivre une campagne contre l’infaillibilité : « Un dogme que professent tant de millions de nos compatriotes, proclamait-il expressément, doit être sacré pour leurs concitoyens et pour le gouvernement. » C’était tant pis pour les vieux-catholiques ; on se servait d’eux pour intimider Rome, mais lorsqu’on voulait prendre à l’égard de Rome une autre contenance, on ne se gênait pas avec eux. Or il plaisait à Bismarck de jeter çà et là, à travers sa philippique contre le Centre, certaines phrases d’où la Curie pût encore conclure que, si elle condamnait cette fraction, elle